L'ex-président brésilien Lula a annoncé samedi qu'il allait purger sa peine de plus de 12 ans de prison pour corruption, devant des milliers de sympathisants, tout en clamant de nouveau son innocence.

«Je vais me conformer au mandat de dépôt», a déclaré Luiz Inacio Lula da Silva, objet d'un mandat de dépôt et qui était le favori de la prochaine présidentielle.

Lula a accusé le juge anticorruption Sergio Moro qui a ordonné son arrestation d'avoir «menti». Lula da Silva a dit être «un citoyen outré» après avoir été accusé d'avoir reçu un triplex d'une entreprise de BTP qui lui a valu sa peine de prison.

L'ex-président brésilien avait quitté samedi matin les locaux d'un syndicat dans lequel il était retranché depuis deux jours pour assister à une messe à la mémoire de son épouse avant de se livrer probablement ensuite aux autorités pour purger sa lourde peine de prison.

Luiz Inacio Lula da Silva et ses avocats ont négocié vendredi avec les autorités les conditions de son arrestation. Lula ne s'était pas rendu à la police fédérale de Curitiba (sud), comme le lui avait demandé la justice.

Les commentateurs s'attendaient à voir Lula se rendre peu après la messe catholique, mettant fin à une séquence de deux jours lors desquels il a défié la justice en restant retranché avec quelques milliers de sympathisants au siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, dans la ceinture industrielle de Sao Paulo (sud).

Corruption et blanchiment d'argent

Condamné à 12 ans et un mois de prison pour corruption et blanchiment d'argent, la figure emblématique de la gauche brésilienne devait ensuite être amenée à 400 km de là, dans une cellule de moins de 15 m2 de la ville de Curitiba (sud). Ses avocats ont perdu samedi un énième recours présenté devant la Cour suprême, selon la presse.

Lula est apparu en T-shirt et jean sur la plateforme d'un camion près du prêtre qui devait célébrer l'office catholique, devant des milliers de sympathisants remontés à bloc. Le septuagénaire est apparu le poing levé, toujours apparemment combatif mais aussi visiblement très ému à la mention du nom de sa femme.

Une foule de sympathisants de gauche criait «Lula, ne te livre pas!». Puis des militants se sont mis à crier: «Lula je t'aime», en formant un coeur avec leurs mains. Beaucoup pleuraient.

«C'est les funérailles du pays. Ils ont mis en lambeaux la démocratie, ceci est une persécution politique», a déclaré Suzet Santos, créatrice d'une micro-entreprise et dont les trois enfants ont pu faire des études supérieures grâce aux programmes de bourses instaurés sous la présidence Lula (2003-2010).

Les autorités étaient visiblement soucieuses que l'incarcération de celui qui fut deux fois président d'un Brésil accédant à la croissance et à la reconnaissance internationale se fasse à la fois sans violence et le plus dignement possible. 

L'épouse de Lula, Marisa Leticia, décédée en février 2017, aurait eu 68 ans ce samedi. Elle a été mise en cause pour l'octroi du triplex en bord de mer de la part d'une entreprise de construction qui a valu à Lula sa lourde condamnation. Cet appartement aurait été donné en échange de faveurs dans l'obtention de marchés publics.

Lula, qui a toujours nié farouchement sa culpabilité, avait souhaité à la mort de sa compagne de toute une vie de militantisme, également mère de ses trois enfants, que «les criminels qui ont accusé Marisa à la légère aient un jour l'humilité de demander pardon».

L'office catholique se déroulait au siège du syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo, que Lula a dirigé dans les années 70, sous la dictature militaire. C'est là qu'a démarré la formidable ascension de ce leader combatif, aussi adoré que détesté par les Brésiliens, et dont la politique a été toute la vie.