Ses adversaires politiques attendaient ce moment. Ça y est, l’opération Lava Jato (Karcher), l’enquête sur les malversations au sein de Petrobras (la société pétrolière contrôlée par l’Etat brésilien), a frappé à la porte de Luiz Inácio Lula da Silva. Scandale dont l’ex-président du Brésil (2003-2010) et leader historique du Parti des travailleurs (PT) serait l’un des bénéficiaires, à en croire le Ministère public.

Les policiers fédéraux sont arrivés vendredi au petit matin chez lui, dans la banlieue de São Paulo, pour perquisitionner son domicile et le conduire de manière «coercitive» dans leurs locaux afin de l’entendre sur de supposés «avantages indus» qu’il aurait obtenus de grandes entreprises du bâtiment impliquées dans l’affaire du «Petrolão». Le PT, au pouvoir depuis treize ans, accuse «une partie» de l’appareil policier et judiciaire d’être acquise à la droite et de vouloir «déstabiliser le gouvernement, criminaliser le PT et combattre le principal leader du peuple brésilien».

Contrats surfacturés

Les enquêteurs, quant à eux, mettent en cause les travaux entrepris dans une maison de campagne fréquentée par Lula ainsi que l’aménagement, au goût de l’ex-président et de son épouse, d’un triplex dont le couple dément toutefois être le propriétaire. Ces travaux auraient été payés par des entreprises accusées d’avoir surfacturé leurs contrats avec Petrobras pour mieux financer les campagnes électorales du PT et de deux formations de sa coalition. Les procureurs affirment avoir trouvé des «éléments» prouvant que l’ex-président aurait reçu des sommes issues du Petrolão. Ils évoquent notamment les 30 millions de reais (8 millions de francs) que l’Institut Lula et LILS, la société qui gère les activités de l’ex-chef de l’Etat, auraient reçus de ces mêmes grandes entreprises du bâtiment entre 2011 et 2014. Officiellement, il s’agissait de donations à l’institut ou, encore, de rémunérer les conférences données par Lula à leur demande. L’enquête cherche à déterminer s’il y a eu échange de bons procédés.

La température politique était déjà montée la veille avec les révélations attribuées au sénateur PT Delcidio Amaral. Mis en cause dans Lava Jato, l’homme, ex-chef de la majorité au Sénat, accuse Lula, tout comme l’actuelle présidente Dilma Rousseff, d’avoir tenté d’obstruer le travail de la justice. Delcidio Amaral ne confirme pas ces propos, publiés dans l’hebdomadaire IstoE, mais sans toutefois les démentir formellement.

En 2010, l’ex-président quittait le pouvoir auréolé de gloire, avec plus de 80% d’opinions favorables. Il parviendra même à faire élire à sa succession sa protégée, Dilma Rousseff, réélue pour un second mandat en 2014. Le Brésil passe alors pour l’exemple du décollage réussi d’un pays émergent. Pendant son premier mandat, la présidente a réussi à maintenir le modèle de croissance redistributive. Mais, avec la chute du cours des matières premières, dont le Brésil est riche, le pays sombre désormais dans la récession (-3,8% en 2015). Du coup, les Brésiliens se montrent moins tolérants envers une corruption qui semble avoir dépassé toutes les limites.

Les langues se délient, le mythe Lula se lézarde. Un immense Lula gonflable, habillé en prisonnier, est apparu dans les manifestations de la droite pour demander le départ de Dilma Rousseff. Le «père des pauvres» n’est plus intouchable. Une récente enquête ne le crédite plus que de 20% des intentions de vote – derrière les candidats de l’opposition – au cas où il se présenterait en 2018, ce qu’il n’exclut pas de faire.

L’opposition pas mieux

Cependant, l’opposition ne profite pas pleinement de la disgrâce du leader de gauche. Dans la classe politique brésilienne, nul, à part peut-être la leader écologiste Marina Silva, n’est épargné par les accusations de malversations.

Nul n’ose donc décréter la mort politique de l’ancien leader syndical. Connu pour son extraordinaire résilience, Lula a été trois fois battu avant de se faire élire à la tête du pays, en 2002. Quatre ans plus tard, il décrochait un second mandat malgré le premier grand scandale dans lequel a trempé son parti, le mensalão (achat de voix et financement illicite).

Mais aujourd’hui, l’affaire paraît plus grave, et menace au passage d’emporter Dilma Rousseff. Les démêlés de Lula, son mentor politique, avec la justice, tout comme les allégations attribuées à Delcidio Amaral sur des tentatives de manipulation de l’enquête par la présidente renforcent la droite qui défilera une fois de plus le 13 mars pour exiger sa démission. Ils risquent également de relancer la procédure de destitution de Dilma Rousseff, actuellement au point mort.