La condamnation à la prison de l’ex-président sud-africain Jacob Zuma a été jugée mercredi «inconstitutionnelle» par sa fondation, un message fort à ses partisans, dont certains convergent déjà vers le domicile de l’ancien dirigeant. La fondation Jacob Zuma a accusé les juges d’avoir laissé parler leur «sentiment» et leur «colère». Selon sa fondation, les juges qui «ne sont pas au-dessus de la loi» ont «avantagé» une commission dont Jacob Zuma avait contesté la légitimité en l’accusant de «partialité».

La Cour constitutionnelle sud-africaine a condamné ce mardi 29 juin l’ancien président Jacob Zuma à 15 mois de prison sans sursis pour outrage à la justice après son refus de comparaître devant une commission anti-corruption. Jacob Zuma, qui avait affirmé n’avoir aucune crainte d’être arrêté, condamné, ou incarcéré, a désormais cinq jours pour se rendre. Dans le cas contraire, la police sera autorisée à venir le chercher à son domicile pour le conduire dans une prison où il commencera à purger sa peine.

L’ignorance

Saisie par une commission anti-corruption, la plus haute juridiction a rendu ce verdict «à la majorité de ses membres, précise la juge Sisi Khampepe. La Cour constitutionnelle n’a pas d’autre choix que de conclure que M. Zuma est coupable d’outrage à la justice.» Et la magistrate de poursuivre: «Ce genre de réticence et de défi est illégal et sera puni. Je n’ai pas d’autre choix que d’emprisonner M. Zuma, dans l’espoir que cela envoie un message sans équivoque […]. L’Etat de droit et l’administration de la justice prévalent.»

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Depuis 2018, année de création de la commission Zondo – du nom du juge Raymond Zondo – chargée d’enquêter sur la corruption généralisée pendant ses neuf années au pouvoir, Jacob Zuma, déjà mis en cause par une quarantaine de témoignages, multiplie les manœuvres pour éviter d’avoir à s’expliquer. Pour rappel, des milliards de dollars se sont évaporés sous sa mandature. Il ne cesse d’empiler les recours ou de faire valoir son droit au silence.

Après une énième convocation à laquelle l’ancien chef d’Etat ne s’est pas présenté fin février, la commission a réclamé une condamnation à 2 ans de prison contre l’ex-président. Cette fois-là il avait non seulement ignoré la commission mais aussi une décision rendue en janvier par la Cour, l’obligeant à comparaître et le privant du droit à garder le silence.

Estimer la durée de la peine

Lors d’une audience virtuelle en mars, l’avocat de la commission, Tembeka Ngcukaitobi, a estimé que la question n’est plus de savoir si Jacob Zuma doit aller en prison, mais «combien de temps il doit y rester». Son statut d’ancien président «ne le protège pas de la loi», a-t-il martelé.

Quelques semaines plus tard, dans une requête plutôt inhabituelle, la justice sud-africaine a demandé à Jacob Zuma de déterminer lui-même «la sanction appropriée», en prévision de l’audience de ce mardi. L’homme de 79 ans n’a témoigné qu’une seule fois devant la commission anti-corruption, en juillet 2019. Il avait alors rapidement claqué la porte, s’offusquant d’être traité comme un «accusé».

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Englué dans les scandales, il avait été poussé à la démission en 2018. Il a été remplacé par l’actuel président, Cyril Ramaphosa, qui a justement fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Depuis le 28 avril dernier, il a lui-même été appelé à témoigner contre son prédécesseur devant la commission.