Le président vénézuélien Nicolas Maduro a estimé, dimanche soir, à la télévision que l’extradition vers les Etats-Unis de l’homme d’affaires Alex Saab, considéré comme un intermédiaire important du pouvoir, était «une des plus ignobles injustices des dernières décennies». Il a assuré que le «Venezuela agissait aux Nations Unies à New York, à Genève chez les organismes de défense de droits de l'homme. Nous agissons à tous les niveaux».

Maduro a aussi donné sa version de ce qu’il qualifie «d’enlèvement»: «Un avion est arrivé. Des voyous sont descendus, l’ont cherché et l’ont sorti en le frappant pour l’emmener sans prévenir ses avocats, sa famille ni personne.»

Considéré comme un important intermédiaire du pouvoir vénézuélien, Alex Saab est censé avoir «sa première audition judiciaire lundi» devant un tribunal de Floride, après son extradition samedi par le Cap-Vert, a précisé le ministère américain de la Justice dans un communiqué.

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Saab refuse de collaborer avec les Etats-Unis

Proche de Nicolas Maduro, l’homme d’affaires colombien, 49 ans, et son partenaire Alvaro Pulido sont accusés aux Etats-Unis d’être à la tête d’un vaste réseau ayant permis au dirigeant socialiste et à son régime de détourner à leur profit de l’aide alimentaire à destination du Venezuela. Ils sont soupçonnés d’avoir transféré quelque 350 millions de dollars (environ 302 millions d’euros) du Venezuela vers des comptes qu’ils contrôlaient aux Etats-Unis et dans d’autres pays.

Ils risquent jusqu’à 20 ans de prison. Alex Saab, qui a également la nationalité vénézuélienne et un passeport diplomatique vénézuélien, a été inculpé en juillet 2019 à Miami pour blanchiment d’argent, et arrêté lors d’une escale d’avion au Cap-Vert en juin 2020.

Auparavant, dans l’après-midi, les autorités avaient organisé un rassemblement en solidarité avec Alex Saab pendant lequel son épouse Camilla Fabri, en pleurs, a lu une lettre de sa part. «J’affronterai mon procès avec une dignité totale (...) je veux être clair : je n’ai pas à collaborer avec les Etats-Unis. Je n’ai commis aucun crime», écrit Alex Saab dans cette lettre. «Je déclare que je suis en pleine possession de mes moyens et je ne suis pas suicidaire au cas où on m’assassinerait pour dire ensuite que je me suis suicidé», précise-t-il.

Des négociations suspendues au Venezuela

L’épouse d'Alex Saab s’est aussi exprimée sur l’extradition. «Tout a été fait dans le dos des avocats et dans notre dos. On a appris (l’extradition) par sa soeur (...) Elle s’est rendue à la maison et il n’y avait plus les 100 gardes qui l’entouraient. Un garde lui a dit 'ils ont accéléré l’extradition'», a-t-elle dit.

Mère de deux jeunes filles de 1 et 4 ans, Camilla Fabri a qualifié les autorités capverdiennes et américaines de «lâches». «Ce qui gêne le plus les Etats-Unis, c’est que mon mari ne pliera jamais! Jamais», a-t-elle lancé à la foule. «Il a la force de la vérité et de l’innocence.»

De nombreux experts estiment qu’Alex Saab connaît tous les rouages financiers occultes de Caracas. «Il peut révéler des choses sur les montages, la circulation des fonds, les surcoûts... C’était la cheville ouvrière des affaires du régime Maduro avec les pays alliés», estime notamment le journaliste Roberto Deniz, spécialiste du dossier.

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L’extradition d'Alex Saab a déclenché l’ire de Caracas qui a «suspendu sa participation au dialogue» entre pouvoir et opposition. Un quatrième round de pourparlers devait commencer dimanche à Mexico.

L’opposition vénézuélienne a appelé le gouvernement à reprendre le dialogue. «Nous appelons l’autre partie à reprendre les séances à Mexico aussi tôt que possible pour arriver aux accords nécessaires», a déclaré Gerardo Blyde, chef de la délégation de l’opposition, lors d’une conférence de presse à Mexico.