Au lendemain de l’investiture de Donald Trump, l’extrême droite européenne se met en scène à Coblence, à l’invitation de Marcus Pretzell. Membre du groupe parlementaire ENF – dominé par le Front national – au parlement de Strasbourg, le politicien est également l’époux de Frauke Petry, la cheffe de l’AfD. Les invités d’honneur de ce rassemblement très contesté sont Geert Wilders et Marine le Pen à quelques mois des élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. Les magazines Der Spiegel et Compact, les chaînes de télévision publique ARD et ZDF, ainsi que les quotidiens Handelsblatt et Frankfurter Allgemeine Zeitung ont été exclus d’entrée de la rencontre qui s’inscrit dans un contexte de lutte de pouvoir au sein du parti populiste allemand.

Quelque 1000 participants sont attendus ce samedi à Coblence pour le Congrès de la «Liberté pour l’Europe». Le congrès marque «le coup d’envoi» de la campagne électorale aux Pays-Bas, en France et en Allemagne, annonce Frauke Petry. De fait, la rencontre a d’autant plus surpris que voici quelques mois encore, la jeune dirigeante de l’AfD assurait n’avoir rien en commun avec le Front national, qualifié de «socialiste» par la cheffe de l’AfD, du fait des positions de Marine Le Pen sur les dossiers économiques.

A lire aussi: Le parti populiste AfD compte s’ancrer sur l’échiquier politique allemand

Ce soudain rapprochement avec la cheffe du FN peut donc surprendre. «Les deux politiciennes espèrent un regain de prestige, estime à ce sujet Claire Demesmay, du think tank DGAP à Berlin. C’est une mise en scène stratégique à la veille des élections dans les deux pays, et à la veille de la rencontre prévue lundi entre Angela Merkel et le candidat conservateur français François Fillon. Frauke Petry espère profiter des succès de Marine le Pen.»

Guerre de pouvoir

La position de la cheffe de l’AfD est loin d’être confortable. Arrivée à la tête de son parti à la faveur d’un putsch, Frauke Petry doit gérer les crises d’adolescence d’une formation née en 2013 contre les plans de sauvetage de l’euro mais qui doit son envol électoral à ses positions antimigrants. Depuis lors, les populistes allemands sont engagés dans une guerre de pouvoir. Un conflit «qui n’éclate pas pour l’instant au grand jour, parce que le parti réalise de bons scores dans les sondages et que ni la CDU ni le SPD ne cherchent sérieusement à récupérer les électeurs qu’ils ont perdus à l’AfD», confie Timo Lochocki, du think tank German Marshall Fund. «Mais si la cote de popularité de l’AfD tombe à 7%, alors la guerre des chefs sera terrible, et pourrait bien se terminer par l’éviction de Frauke Petry.» Pour le couple Petry-Pratzell, la rencontre de Coblence serait essentiellement «un coup médiatique destiné à marquer des points face à des rivaux.»

A lire aussi: Frauke Petry, le nouveau visage des populistes allemands

Sur sa droite, la présidente de l’AfD doit affronter une aile dure, de tendance «nationale-raciale», menée par Björn Höcke. Chef de l’AfD en Thuringe (ex-RDA), ce dirigeant a suscité en début de semaine une violente polémique dans le pays sur la place du passé nazi dans la mémoire allemande. Il s’en est notamment pris au Mémorial de l’Holocauste qualifié de «monument de la honte». «Jusqu’à ce jour, notre état d’esprit est celui d’un peuple totalement vaincu… Il nous faut un virage à 180 degrés de notre politique de mémoire, qui ferait la part belle aux grands hommes du passé au lieu de se «focaliser» sur le nazisme.»

«Ce type de dérapage verbal est très contrôlé», assure Timo Lochocki, tandis que Steffen Kailitz de l’institut Hannah-Ahrendt de l’université de Dresde, regrette la décision, cette semaine, de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe de ne pas faire interdire le petit parti néonazi NPD, jugé insignifiant depuis que l’AfD a conquis l’essentiel de son électorat. «La Cour Constitutionnelle n’a pas défini de ligne rouge, ce qui laisse imaginer que même des prises de position nationales-socialistes sont autorisées dans la lutte entre les partis et dans les campagnes électorales», regrette le chercheur, pour qui d’autres dérapages verbaux de l’AfD sont à craindre.

L’AfD, qui a engrangé d’importants succès lors des scrutins régionaux de 2016 est crédité de 12% des intentions des votes aux législatives de septembre.