Dans un centre commercial du 15e arrondissement de Vienne, plusieurs militants gonflent des ballons bleus, couleur de l’extrême droite autrichienne, à côté des viennois qui font leurs courses. Le «Lugner City» accueille régulièrement les meetings du Parti de la liberté (FPÖ) ces dernières semaines. Sur une scène érigée pour l’occasion, un groupe chante les classiques américains et autrichiens. Les militants attendent surtout Norbert Hofer, l’une des figures du parti, arrivé au second tour de l’élection présidentielle en 2016. Il avait finalement perdu – avec 46,2% des voix tout de même – face à l’écologiste Alexander Van der Bellen.

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Vêtu d’une tenue traditionnelle, écharpe du parti autour du cou, Klaus est un sympathisant du FPÖ depuis plusieurs années. «C’est le seul parti qui parle du problème des immigrés. Beaucoup viennent en Autriche pour profiter de notre système social alors qu’ils n’y contribuent pas. C’est un vrai problème. Je n’ai rien contre les réfugiés qui fuient la guerre comme les Syriens mais nous allons être submergés par les migrants économiques.»

Un parti incontournable

Ce rejet de l’immigration a permis au parti de devenir incontournable dans le pays. Selon le dernier sondage du quotidien Österreich, le FPÖ serait aujourd’hui en deuxième position avec 27% des intentions de vote pour les élections législatives de ce dimanche. Juste derrière les conservateurs, dont le jeune leader, Sebastian kurz, ne cache pas une certaine proximité avec l’extrême droite, notamment sur la question des réfugiés. C’est d’ailleurs le scénario privilégié par bon nombre d’observateurs: Sebastian Kurz, élu, choisirait de s’allier avec l’extrême-droite pour gouverner. Même le candidat social-démocrate, Christian Kern, n’a pas exclu une alliance avec le FPÖ au niveau fédéral.

Les deux principaux partis prêts à gouverner avec lui, le FPÖ se pose en faiseur de rois de cette élection. Heinz-Christian Strache, chef du parti et candidat à la chancellerie, a ainsi exigé le ministère de l’Intérieur comme préalable à toute participation à une future coalition. Il revendique également le ministère des Affaires étrangères.

Une dédiabolisation réussie

Pour en arriver là, le FPÖ a dû faire oublier son image sulfureuse, un processus de dédiabolisation réussi. Fondé en 1956, le parti comptait alors dans ses rangs d’anciens nazis. À partir de 1986, il est dirigé par Jörg Haider, connu pour avoir fait l’apologie de «la politique de l’emploi» du IIIe Reich. Sous son règne, le parti obtient jusqu’à 26,9% des voix aux élections législatives de 1999. Le FPÖ est alors appelé par le chancelier conservateur Wolgang Schüssel pour former une coalition.

Un scénario qui pourrait bien se répéter dans les jours à venir. C’est du moins le vœu d’Heinz-Christian Strache, aux commandes du parti nationaliste depuis 2005. Durant cette campagne, ce dernier s’est attaché à redorer le blason de son parti, jusqu’à exclure un des représentants du FPÖ dans le Land du Tyrol, coupable d’avoir exposé des reliques nazies dans l’arrière-boutique de sa pharmacie.

Le FPÖ, parti de gouvernement?

Le parti veut montrer qu’il est un allié fiable pour gouverner. Heinz-Christian Strache cite d’ailleurs souvent l’exemple du Burgenland, région que le FPÖ copréside avec les sociaux-démocrates depuis deux ans. La croissance économique est la plus importante d’Autriche dans cette région viticole et rurale. Ces résultats font la fierté du vice-gouverneur nationaliste Johann Tschürtz: «Nous avons montré que le FPÖ quand il gouverne n’est pas extrême. Nous n’effrayons pas la population. Je pense que les gens nous voient de manière positive. Il en sera de même si nous entrons au gouvernement national.»

Et qu’importent les polémiques sur la baisse de l’aide financière accordée aux réfugiés ou la constitution de patrouilles citoyennes qui dénoncent les comportements suspects aux policiers. Le FPÖ est convaincu d’avoir réussi son pari au Burgenland. Pour l’opposition en revanche, le parti conserve plus que jamais ses racines extrêmes. «C’est un parti qui instrumentalise les peurs des gens. C’est du populisme pur», accuse Ulrike Lunacek, candidate des Verts à la chancellerie. «Nous ne voulons pas de cette politique raciste, contre les réfugiés, contre les immigrés.»

Reste une question: comment réagira l’Union européenne, si l’extrême-droite entrait au gouvernement à l’issu de ces élections législatives anticipées? En 2000, l’Union avait pris des sanctions contre l’Autriche, au motif que le FPÖ participait à la coalition. Dix-sept ans plus tard, il n’est pas sûr que la réaction soit la même.