Les élections de dimanche pourraient mettre fin à 14 ans de suprématie de l’extrême droite en Carinthie. En 2009, le BZÖ, l’Alliance pour le futur de l’Autriche, l’avait emporté haut la main avec près de 45% des voix. Le parti fondé par Jörg Haider, alors gouverneur du Land, montrait ainsi qu’il était capable de survivre à la mort de son leader, survenue quelques mois plus tôt dans un accident de voiture. Depuis la fin des années 1990, l’extrême droite a toujours dominé dans cette région du sud de l’Autriche, située à la frontière de l’Italie et de la Slovénie. D’abord sous la bannière du Parti de la liberté (FPÖ), la principale force d’extrême droite en Autriche, puis avec le BZÖ, Jörg Haider en avait fait un fief que l’on pensait encore imprenable aujourd’hui.

Clientélisme et corruption

C’était sans compter avec les révélations qui, depuis des mois, se succèdent autour du réseau de clientélisme et de corruption mis en place par l’ex-leader nationaliste. Ses héritiers, désormais rassemblés au sein du Parti carinthien de la liberté (FPK), font face à des allégations de blanchiment d’argent, de détournement de fonds et de financement illégal de parti. Condamné en juillet dernier pour avoir voulu vendre la nationalité autrichienne à un oligarque russe, Uwe Scheuch, vice-gouverneur de la province et chef de file du FPK, est poussé à la démission. Pour être aussitôt remplacé par son frère, Kurt.

Face à ces scandales à répétition, les élections régionales ont été avancées au mois de mars. Alliés aux Verts autrichiens, les sociaux-démocrates du SPÖ se sont pris à rêver d’une coalition (avec ou sans les démocrates-chrétiens de l’ÖVP), qui pourrait priver l’extrême droite de son ultime bastion. Les derniers sondages créditent le parti de centre gauche d’un peu plus de 30% des voix, contre 25% pour le FPK et un peu plus de 10% respectivement pour les Verts et l’ÖVP. Des chiffres à prendre avec précaution, tant les récentes affaires ont rendu l’électorat indécis.

Pour tenter de sauver la mise, Gerhard Dörfler, l’actuel gouverneur de la province, s’est mis à faire de l’œil à un nouveau venu sur la scène politique autrichienne: le milliardaire austro-canadien Frank Stronach. Son parti, Team Stronach pour l’Autriche, tout juste créé en septembre 2012, est d’ores et déjà crédité de 10 à 14% des voix.

Frank Stronach (né Franz Strohsack) n’est pas un inconnu en Autriche. Après avoir quitté le pays au milieu des années 1950, à l’âge de 21 ans et avec «200 dollars en poche», il rejoint le Canada où, comme Arnold Schwarzenegger, il incarne désormais le rêve américain. En un demi-siècle, son entreprise, Magna International, est devenue l’un des géants des pièces détachées automobiles outre-Atlantique. A l’heure actuelle, l’entreprise emploie plus de 117 000 personnes dans le monde. Le petit immigré autrichien est devenu millionnaire. Depuis qu’il a revendu l’entreprise qu’il a fondée, sa fortune est même estimée à plus d’un milliard d’euros.

Un trésor de guerre qu’il a bien l’intention de mettre au service de ses ambitions dans son pays d’origine. Après avoir investi dans le sport (il fut président la Ligue autrichienne de football entre 1999 et 2005), c’est désormais la politique qu’il veut marquer de son sceau. Celui qui pourrait jouer les faiseurs de roi en Carinthie est lui-même candidat en Basse-Autriche.

Programme flou

Dimanche, le Land connaîtra également des élections. Dans ce bastion conservateur, l’actuel gouverneur de la région, Erwin Pröll (ÖVP), devrait être confortablement reconduit dans ses fonctions. Frank Stronach n’y est crédité que de 8 à 10% des voix. Mais il a déjà les yeux rivés sur les élections législatives nationales de septembre prochain, où il espère jouer plus que les trouble-fête. Son programme reste flou, mais ses diatribes, d’inspiration néolibérale et franchement eurosceptiques, rencontrent un large écho dans la population autrichienne.