Europe

L’hémorragie militante, cauchemar du PS français

Les sept candidats à la primaire désignés samedi par la convention nationale du PS français ont l’obligation de ratisser très large. Car le parti voit ses rangs se clairsemer dramatiquement

Le coup de poignard est venu du Canard enchaîné. Lorsque l’hebdomadaire satirique a divulgué, dans sa dernière édition, que le Parti socialiste français compterait aujourd’hui 42 000 militants à jour de cotisations. Une ambiance de règlement de comptes, si familière en ces lieux, a soudain soufflé sur le QG de la rue de Solférino, à Paris.

Imaginez: un parti au pouvoir depuis cinq ans, dont l’ancien premier secrétaire François Hollande trône à l’Elysée, qui affiche au compteur trois fois moins d’adhérents que le tout jeune mouvement En marche! d’Emmanuel Macron… «Il faut bien sûr relativiser ces chiffres, riposte un proche de l’actuel patron du parti, Jean-Christophe Cambadélis, resté calé sur les 131 000 militants «actifs» du congrès de Poitiers, en 2015. Les «marcheurs» de Macron ne font que s’enregistrer sur son site web (En-marche.fr). C’est du militantisme très light.» Soit. Mais l’ancien ministre de l’Economie voit, lui, ses adhésions progresser au fil de sa campagne, dépassant en quelques mois le cap des 120 000 personnes ralliés à sa bannière…

Aux origines, le congrès d’Epinay, en 1971

Le Parti socialiste français actuel tire ses origines du congrès d’Epinay de 1971, lorsque l’ancien président François Mitterrand en prit le contrôle, sur la base du programme commun avec le Parti communiste et les radicaux de gauche. L’objectif, alors, était de conquérir le pouvoir et de changer la vie et les rapports de production économiques. Quarante-cinq ans après, plus rien de tel.

Sur leur gauche, les socialistes sont désormais conspués par leurs adversaires de la gauche radicale et du PC, ralliés derrière la nouvelle candidature présidentielle de Jean-Luc Mélenchon, qui a quitté le PS en 2008 au congrès de Reims. Au centre, le bolide Emmanuel Macron, porté par sa notoriété médiatique, oscille entre 13 et 16% d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle le 23 avril 2017, occupant la troisième place derrière la présidente du Front national Marine Le Pen et le candidat de la droite François Fillon.

Pour une clarification idéologique

Plus grave: la primaire de la «Belle Alliance populaire» – composée du PS et de quelques micro-partis – qui se tiendra les 22 et 29 janvier n’a pour l’heure déclenché aucun sursaut militant. Samedi, la désignation des sept candidats retenus (dont Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon) a même fait rejaillir le spectre des divisions entre les fédérations départementales «frondeuses» et celles restées fidèles au gouvernement.

«L’utilité de cette primaire réside aujourd’hui moins dans la sélection d’un candidat en vue d’une victoire, peu probable, que dans une nécessaire clarification idéologique. Tel est son sens profond», confirmait récemment au Monde Gérard Le Gall, ancien responsable des études d’opinion du PS. Sous-entendu: c’est l’avenir du parti qui se joue alors que Mélenchon et Macron, restés tous deux en dehors des primaires, jouent à fond la carte d’une campagne sans appareil, centrée sur leur personne. Preuve du malaise: près de 200 élus PS seraient déjà disposés à apporter leur parrainage à Emmanuel Macron, selon l’un de ses principaux soutiens, le maire socialiste de Lyon Gérard Collomb.

«La primaire est un test de vérité»

Cette hémorragie militante, visible sur les marchés et dans les lieux publics, où les socialistes ont largement disparu, a donc besoin, pour être stoppée, d’une forte mobilisation pour la primaire. Plus de 2 millions de personnes avaient, rappelons-le, voté à celle de l’automne 2011, projetant François Hollande dans la course à l’Elysée. Ce qui avait permis la constitution d’un fichier parallèle de plus de 650 000 noms de personnes acceptant d’être recontactées.

«La primaire est un test de vérité, confirme le sociologue Dominique Wolton, auteur de Communiquer, c’est vivre (Ed. Cherche Midi). Soit les candidats revitalisent le PS, comme cela s’est passé pour Les Républicains avec la primaire à droite. Soit ils s’enferment dans leurs querelles et la désertion des militants se poursuivra.»


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