Le quinquennat qui peut changer la France est sur les rails. Avant le vote de confiance au gouvernement, attendu le 4 juillet, le président Emmanuel Macron s’invitera en effet lundi devant les députés et les sénateurs réunis à Versailles en Congrès. Il présentera alors les grandes lignes de son action, confirmant sa volonté d’un exécutif fort. En première ligne, la réforme annoncée du droit du travail qui reposera sur les épaules de la ministre Muriel Pénicaud. C’est elle qui a défendu en conseil des ministres, mercredi, le projet de loi d’habilitation qui sera soumis rapidement aux députés, pour permettre à l’exécutif de réformer par ordonnances le Code du travail. La conseillère Fédérale Doris Leuthard, qui était attendue à Paris ce lundi 3 juillet, devra donc repousser sa visite à la demande de l’Elysée.

Sur ce dossier explosif, dont les grandes lignes ont été dévoilées hier (fixation d’un barème pour les indemnités prud’homales, révision des conditions de licenciement, facilitation de la consultation des salariés, valorisation des accords d’entreprise…), l’ancienne directrice des ressources humaines de Danone, mais aussi du groupe d’armement Dassault, disposera de tout l’été pour calmer les syndicats, avant la première journée de manifestation nationale annoncée par la CGT le 14 septembre.

Une ombre au tableau

Les premières ordonnances, selon le calendrier gouvernemental, seront rendues publiques une semaine après, pour entrer immédiatement en vigueur sans débat parlementaire. Avec une ombre au tableau: celle de la French Tech Night organisée le 6 février 2016 en marge du Salon électronique de Las Vegas, pour mettre en valeur un ministre de l’Economie nommé… Emmanuel Macron. Muriel Pénicaud, qui dirigeait alors l’organisme de promotion économique Business France, en fut l’organisatrice, sans recourir aux indispensables appels d’offres. Une enquête préliminaire, ouverte en mars sur d’éventuels détournements de fonds publics, a conduit à des perquisitions la semaine dernière.

Les deux autres fantassins de la Macronie à suivre ces prochains mois seront François de Rugy, 43 ans, élu mardi président de l’Assemblée nationale, et Richard Ferrand, 55 ans, élu la semaine précédente président du groupe majoritaire La République en marche, fort de 308 députés, soit la majorité absolue sur 577 sièges.

Accompagner la mutation de l’Assemblée nationale

Le premier, ex-député écologiste, était vice-président de la Chambre basse sous la législature précédente, présidée par le socialiste Claude Bartolone. Son rôle consistera à incarner un pouvoir législatif qui ne soit pas à la botte de l’Elysée, malgré la présence massive de nouveaux élus «marcheurs» qui doivent tout à Emmanuel Macron et lui vouent un véritable culte. De Rugy devra aussi accompagner la mutation de l’Assemblée nationale, entamée par l’entrée en œuvre cette année du non-cumul strict des mandats (les députés ne peuvent plus être maires de communes de plus de 3500 habitants) et destinée à se poursuivre avec le projet de loi sur la moralisation de la vie politique. Ce texte, initialement défendu par le centriste François Bayrou, prévoit entre autres le remboursement de tous les frais des parlementaires sur justificatifs (la fin des enveloppes), et veut prohiber l’emploi par les élus de membres de leur famille. Une révolution!

Richard Ferrand devra, lui, dissiper la mauvaise image distillée par les révélations sur ses arrangements immobiliers familiaux, lorsqu’il dirigeait les Mutuelles de Bretagne avant sa première élection comme député du Finistère en 2012. Son rôle, décisif, sera celui de chef de la majorité. Face aux demandes de l’exécutif, pressé d’enclencher rapidement plusieurs réformes essentielles, l’élu breton devra ferrailler avec les ténors de l’opposition comme Jean-Luc Mélenchon, président du groupe parlementaire La France insoumise (15 députés) – qui a promis «de rallier toutes les populations contre la réforme du droit du travail» –, ou Marine Le Pen (à la tête des huit députés Front national qui, eux, ne sont pas assez nombreux pour former un groupe). C’est avec l’ex-socialiste Ferrand que le premier ministre Edouard Philippe, issu de la droite, devra négocier le futur budget 2018. Idem pour le ministre de droite de l’Economie et des finances, Bruno Le Maire. Des discussions qui commenceront dès ce jeudi avec la publication de l’audit des comptes publics demandé par le président dès son élection. L’heure des tirs est venue, pour les «fantassins Macron».


Un 14 juillet avec Donald Trump

L’image sera forte. C’est aux côtés de Donald Trump qu’Emmanuel Macron présidera, le 14 Juillet prochain, au premier défilé militaire de son quinquennat, sur la traditionnelle tribune de la place de la Concorde. Le président français avait lancé mardi l’invitation à son homologue américain et à son épouse Melania, en commémoration du centenaire de l’entrée des Etats-Unis dans la Première Guerre mondiale. Une invitation acceptée… Sur fond de différend à propos de l’Accord de Paris sur le réchauffement climatique. Un autre sujet, très militaire, planera sur le défilé: la question de la fameuse «ligne rouge» à propos de l’emploi d’armes chimiques en Syrie. Dans un entretien au Temps et à plusieurs journaux européens, Emmanuel Macron a promis que la France riposterait. Une approche partagée par Donald Trump, à la différence de Barack Obama qui avait finalement reculé en 2013. (R. W.)