En un coup de téléphone et deux tweets, Donald Trump a brisé 40 ans de consensus diplomatique avec Pékin sur l’épineuse question de Taïwan et fait la leçon à la Chine sur deux sujets sensibles: le contrôle de sa monnaie et ses prétentions territoriales. Des salves qui confirment qu’aux yeux du président élu des Etats-Unis, la Chine est identifiée comme «l’ennemi numéro un» ainsi qu’il l’avait à plusieurs reprises expliqué durant sa campagne électorale.

Après des protestations diplomatiques d’usage, le pouvoir chinois a toutefois choisi de calmer le jeu. Lundi, le porte-parole du Ministère des Affaires étrangères se retranchait dans le silence lors de sa rencontre avec la presse étrangère. C’est un commentaire de l’agence officielle «Chine nouvelle» qui s’est chargée de la mise au point en faisant la leçon… aux médias américains.

Critique des médias

Rappelant l’importance des relations entre les deux principales économies de la planète, «Chine nouvelle» estime normal que chacune des déclarations de Donald Trump, «un politicien néophyte controversé», soit passée à la loupe. «Mais il est de toute évidence trop tôt pour en tirer des conclusions pessimistes sur sa présidence à venir», estime l’organe du parti communiste chinois.

Les principaux défis qu’aura à relever Donald Trump, poursuit «Chine nouvelle», seront d’ordre domestique. Or, «le président élu ne reçoit pas assez de soutiens ou de critiques constructives alors qu’il est confronté à un pays de plus en plus divisé et à des médias parfois hostiles.» C’est là un terrain d’entente, Pékin et Donald Trump partagent en effet la même critique des médias.

Une «Chine unique»

Le quotidien aux accents nationalistes Global Times, dépendant du Quotidien du peuple, autre média sous contrôle direct du parti communiste, s’est toutefois chargé d’une autre mise au point: face aux faucons dont s’entoure Donald Trump, connus pour leurs positions hostiles à la Chine, la Chine ne va pas rester les bras croisés. «Si la Chine se comporte trop mollement pour le bien des relations bilatérales, cela va encourager Trump à être encore plus agressif», met-il en garde.

Vendredi, Donald Trump avait reçu un appel de la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, un dialogue sans précédent depuis la rupture des relations diplomatiques en 1979. C’est le président élu des Etats-Unis qui a révélé cet échange le lendemain dans un message évoquant une discussion avec la «présidente de Taiwan». Face aux protestations de Pékin, la Maison Blanche a dû réaffirmer que les Etats-Unis s’en tenaient à leur reconnaissance d’une «Chine unique», une formulation ambiguë qui reconnaît la souveraineté de Pékin sur l’île tout en assurant aux Taïwanais un statu quo, à savoir une indépendance de facto.

Cuba ou Taïwan

Face aux critiques de diplomates américains, Donald Trump a feint de s’étonner qu’on puisse le critiquer pour une conversation «avec une présidente démocratiquement élue», alors que Barack Obama s’entretenait avec les dirigeants de la «dictature de Cuba» sans que cela pose problème.