éditorial

L’heure de la retraite pour Bouteflika

ÉDITORIAL. Très diminué, le président algérien est soigné à Genève alors que ses compatriotes manifestent pour la première fois contre sa réélection

Un scénario aussi extravagant peinerait à convaincre le moindre producteur. Prenez un président qui ne s’est plus exprimé en public depuis des années. Réélu en 2014 malgré un AVC, il brigue un nouveau mandat avec toutes les chances de l’emporter à nouveau. Qu’importe si le chef de l’Etat est si affaibli que ses visiteurs s’inclinent devant son portrait. Il ne s’agit pas d’un cauchemar: cette situation surréaliste est bel et bien infligée aux Algériens.

Au pouvoir depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika, 81 ans, est soigné depuis dimanche à Genève. Son état de santé réel reste un mystère. Un secret d’Etat autant à Alger que sur les bords du Léman, où les Hôpitaux universitaires de Genève, comme auparavant d’autres cliniques de la région, se réfugient derrière le secret médical. Dans une démocratie, ce que l’Algérie prétend être, l’aptitude du chef de l’Etat devrait être d’intérêt public. D’autant plus s’il se présente devant les électeurs.

C’est bien ce que comptait faire l’inamovible président. D’où ce «court» séjour médical en Suisse, selon les mots de la présidence, avant de revenir à Alger pour y déposer son dossier de candidature en vue de la présidentielle du 18 avril. Mais c’était compter sans le réveil des Algériens, qui, depuis une semaine, manifestent sans discontinuer contre ce «cinquième mandat de la honte».

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La mobilisation inattendue de la rue algérienne vient bousculer le scénario du palais. Il semble évident qu’Abdelaziz Bouteflika n’est plus qu’une marionnette aux mains des clans qui se partagent les commandes d’un pays aux immenses ressources pétrolières et gazières. Malgré l’absurdité de la situation, reconduire le fantomatique président permettait de préserver les fragiles équilibres au sommet de l’Etat.

L’Algérie était restée à l’écart des Printemps arabes. Et pour cause: le pays était encore traumatisé par la décennie de guerre civile consécutive à l’intervention des militaires contre la victoire électorale des islamistes en 1992. Les Algériens, dont la majorité n’a pas connu d’autre président qu’Abdelaziz Bouteflika, ne sont manifestement plus impressionnés par le chantage de la classe dirigeante: «Nous ou le chaos.»

Après les années noires, Abdelaziz Bouteflika avait eu le mérite de réconcilier l’Algérie. Mais il est aujourd’hui usé jusqu’à la corde. Il est temps que son entourage comprenne que l’heure de la retraite a sonné pour le président. Certes, le pouvoir a peu de temps pour profiler un candidat de substitution. Mais s’il persiste à vouloir imposer la réélection du patient genevois, c’est bien lui qui sera responsable du chaos.

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