Mansour Abbas n’a rien d’un révolutionnaire. Avec sa voix douce et son discours posé, le chef de la formation islamiste Raam mise sur la retenue pour parvenir à ses fins: «Abattre le mur qui se dresse devant nous et être pris en considération», expliquait-il dans un hébreu chantant l’arabe lorsque nous l’avions rencontré il y a quelques semaines à Kafr Qasim, fief des islamistes du sud d’Israël. Il prônait une parfaite indifférence envers l’orientation idéologique de ses potentiels partenaires. «Nous ne sommes ni de droite ni de gauche. Qui nous acceptera, nous l’accepterons. Notre seul objectif est de servir la minorité arabe d’Israël».

Depuis, le pharmacien de Galilée est entré dans l’impitoyable lumière du pouvoir politique en devenant le leader du premier parti arabe à intégrer le gouvernement israélien. Et la guerre éclair du mois de mai, qui a rappelé combien la coexistence entre citoyens juifs et arabes d’Israël est fragile, n’arrange pas un Mansour Abbas si mesuré que son attitude a été qualifiée de «politique aloe vera» par l’activiste Samah Salaime. «Elle n’a ni goût ni odeur et s’adapte à toutes les peaux», dit ironiquement l’Arabe israélienne. Elle explique: «Le parti Raam n’est au gouvernement que parce qu’Abbas a vidé de sa substance tout programme visant à défendre les Palestiniens d’Israël. S’il avait fait autrement, jamais il n’aurait été accepté par les politiciens juifs. Aujourd’hui, il se tient prudemment éloigné de tout sujet conflictuel. Y compris Jérusalem: il a condamné mollement le défilé de l’extrême droite mardi alors qu’il aurait dû défendre les lieux saints», tacle-t-elle.