Jörg Haider, le sulfureux dirigeant d'extrême droite autrichien, n'a jamais reculé devant une provocation pour parvenir à ses fins. Devenu la bête noire de toute l'Europe en 2000, lorsque son parti, le FPÖ, a réussi à accéder au pouvoir à Vienne, il a vu depuis son influence s'étioler dans la petite république alpine, et sa base électorale fondre comme neige au soleil.

Partout? Non. Une petite région résiste encore et toujours, en gardant le cœur à l'extrême droite. En Carinthie (sud), l'enfant du pays devenu gouverneur fait la pluie et le beau temps. Et n'hésite pas à défier les lois.

Depuis trente ans, une sourde querelle gâte l'atmosphère dans cette idyllique province située aux confins de l'Italie et de la Slovénie. Depuis 2001, la Cour constitutionnelle autrichienne exige du Land qu'il implante plus de 150 panneaux indicateurs bilingues en allemand et en slovène dans un certain nombre de villages, au motif qu'une importante minorité slovénophone y habite. Celle-ci représente 5% de la population locale (550000 habitants).

Tout le monde en Autriche s'est plié à cet arrêt, mais pas Jörg Haider. Soutenu par la puissante Fédération patriotique (Heimatbund), sorte de milice civile pangermaniste et farouchement anti-slovène, qui concourt régulièrement à sa réélection, il refuse d'obtempérer.

Devant l'«acharnement» des juges à faire respecter l'Etat de droit et l'application des valeurs européennes relatives au droit des minorités, le tribun de Klagenfurt a fini par trouver la parade, à la fin de l'an dernier. En déplaçant de quelques mètres les panneaux germanophones existants dans la bourgade de Bleiburg, il crée une nouvelle situation géographique, susceptible de repousser d'un an encore une nouvelle décision de la Cour constitutionnelle.

Célébrant l'énormité de son geste lors d'un banquet bien arrosé, le 31 décembre, il déclame devant la foule ravie: «En vérité, je vous le dis. Voilà deux mille ans, quelqu'un s'est levé et a déplacé des montagnes. Aujourd'hui, le gouverneur d'une province déplace des panneaux indicateurs.»

Effet réussi. Face à l'indignation générale, Haider savoure son coup médiatique. Des élections législatives doivent se tenir l'automne prochain et son nouveau parti, le BZÖ, à la peine dans le reste du pays, s'apprête à lutter pour sa survie. Pour le Landeshauptmann de Carinthie, la campagne commence sur ses terres, à Bleiburg.