C'est l'un des dossiers politiques les plus brûlants de Grande-Bretagne. L'euro? Les services publics? La monarchie? Vous n'y êtes pas: nous parlons de la chasse à courre. Ce «sport» déclenche ici les passions comme (presque) aucun autre sujet de discorde. Pour schématiser, les citadins de gauche y voient une survivance cruelle des privilèges de classe, tandis que les campagnards de droite considèrent qu'il s'agit d'un art alliant l'expression d'une tradition identitaire séculaire avec un moyen efficace de lutter contre «la vermine» (l'autre mot pour dire renard). Il semble que les premiers soient en passe d'obtenir gain de cause: lundi soir, la Chambre des communes a voté, par 362 voix contre 154, pour une interdiction totale de la chasse à courre en Angleterre et au pays de Galles (l'Ecosse l'a bannie l'année dernière), rejetant le compromis du gouvernement de Tony Blair, qui souhaitait seulement restreindre l'usage des hordes de chiens.

En 1997, l'abolition de la chasse à courre, qui compte un demi-million d'adeptes, figurait parmi les priorités du Labour. Depuis, le dossier s'était enlisé comme les chevaux dans la boue. En janvier 2001, une première tentative de légiférer avait capoté, la proximité des élections avait renvoyé le débat à la législature suivante.

Lundi soir, après cinq heures de débats vigoureux, la majorité travailliste de la Chambre des communes a décidé que cette fois, il fallait prendre le renard par les poils. Et comme elle bénéficiait de la liberté de vote (les «whips», Pères fouettards de la discipline partisane, avaient été mis au chômage technique), cette majorité, qui a dû avaler quelques couleuvres en matière d'Irak et de services publics, ne s'est pas fait prier pour contraindre son premier ministre (qui n'a pas voté) à changer son fusil d'épaule. Les lords vont sans doute user de tout leur pouvoir de nuisance pour retarder l'approbation de la loi, mais ils ne pourront pas l'empêcher. Sa mise en œuvre, expliquait mardi un ministre, est programmée pour 2005.