En apparence, il s'agit d'un écusson ordinaire. Sur fond bleu, entre deux colonnes d'Hercule barrées de l'inscription «Plus Ultra», s'étale en grand une croix rouge dont les pointes font penser à un trident. En réalité, cette croix est chargée de sens, puisqu'elle correspond à celle que portait «Santiago Matamoros» (littéralement, saint Jacques tueur de Maures), l'un des héros de la reconquête chrétienne du Xe siècle contre les musulmans qui occupaient le sud de l'Espagne.

Ce qui fait pour le moins désordre, c'est que cet écusson a été choisi par le Ministère espagnol de la défense pour orner les tenues militaires des 1600 soldats envoyés en Irak. D'autant que le contingent va se déployer dans la région méridionale de Najaf, l'un des hauts lieux de pèlerinage chiite. Récemment, le chef spirituel de cette ville, Mohamed Baqir Al-Hakim, que certains comparent à feu l'ayatollah Khomeyni, a exigé que les «forces étrangères respectent l'islam».

Les autorités militaires espagnoles se défendent de tout «esprit agressif ou conquérant» et soulignent que leur mission est «purement pacifique». Gêné aux entournures par les répercussions médiatiques de cet écusson, dont la symbolique a été éventée par la presse, le ministre de la Défense, Fernando Trillo, membre auto-confessé de l'Opus Dei – une organisation catholique ultraconservatrice –, a tenu à rassurer quant à «l'attitude respectueuse de nos forces armées, sensibles aux croyances et aux préoccupations locales […], laquelle devrait faciliter le contact avec la population».

Très critiqué pour son soutien aveugle aux Etats-Unis dans l'affaire irakienne, le premier ministre José Maria Aznar a décidé l'envoi d'un contingent espagnol sans en référer au parlement, malgré les virulentes critiques des socialistes. «On nous parle d'esprit pacifique, lit-on dans El Mundo. Cet écusson est en tout cas le symbole le plus hostile contre la population chiite.»