«Le premier ministre est peut-être allergique aux animaux?» Metin Ustundag, rédacteur en chef du journal satyrique turc Penguen, tente de trouver une explication au comportement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui depuis trois ans multiplie les procès à l'encontre de caricaturistes.

Musa Kart, du journal de gauche Cumhuriyet, est l'un des premiers à avoir déplu au chef de gouvernement en le dépeignant, en 2004, sous les traits d'un chat empêtré dans une pelote de laine. Une manière d'illustrer les difficultés du gouvernement à modifier la loi concernant l'enseignement religieux. A l'époque, le premier ministre porte plainte pour «diffamation» et, à la surprise générale, remporte le procès.

En signe de solidarité, le journal Penguen décide alors de représenter «le monde de Tayyip» avec une série de portraits du premier ministre sous les traits d'un singe, d'une girafe, d'un éléphant et autres animaux de la savane. L'intéressé, au sens de l'humour décidément peu développé, porte de nouveau plainte. Cette bataille juridique engagée depuis plus d'un an pourrait finalement donner raison aux caricaturistes.

La semaine dernière, la Cour de cassation a cassé la condamnation de Musa Kart, estimant que «le chat est un animal sympathique». Cette décision, si elle faisait jurisprudence, éviterait au journal Penguen de verser les 40000 livres turques (24000 euros) demandées par le premier ministre.

«Nos animaux aussi sont sympathiques», ironise Metin Ustundag. «Comme vous le voyez, nous les aimons beaucoup et notre mascotte est un pingouin. Quand nous voulons vraiment être méchants, nous représentons les gens sous la forme de légumes», ajoute-t-il avec malice.

La Fondation Bianet, qui suit les questions liées à la liberté d'expression, regarde ces événements avec moins d'humour. «Le premier ministre ne semble pas être influencé par ces décisions de justice, déplore Erol Onderoglu. Son avocat sillonne le pays et les tribunaux et a même fait appel dans l'affaire Penguen. Il ne va donc pas changer d'état d'esprit.»

Recep Tayyip Erdogan n'a-t-il aucun humour ou est-il peu habitué à la liberté d'expression? «Depuis 2002, il est le porte-parole des droits de l'homme en Turquie, note Erol Onderoglu. Il devrait être le mieux placé pour appliquer les réformes passées par le gouvernement dans le cadre des négociations avec l'Europe. Or ce n'est pas le cas.» Une attitude d'autant plus incompréhensible qu'en 1998, Recep Tayyip Erdogan a passé dix mois derrière les barreaux pour avoir déclamé un poème islamiste. Mais c'était avant d'arriver au pouvoir.