De tous les chefs de l'Etat français, Nicolas Sarkozy est sans doute celui qui voyage le plus. Du moins jusqu'à sa rencontre avec Carla Bruni; de savants calculateurs ont estimé que le président de la République avait fait cinq fois le tour du monde en deux cent vingt-quatre jours, après son accession au pouvoir en mai 2007.

La caravane présidentielle se compose en principe de quatre avions: celui de la délégation officielle; celui des chefs d'entreprise; celui des journalistes et un Falcon de secours. Bruno Dive, éditorialiste à Sud-Ouest, est généralement assis dans le troisième. Il en a fait un livre, Air Sarko, tout juste publié aux Editions Jacob-Duvernet. Où l'on apprend les grandes et les petites histoires des périples sarkoziens. Derrière la frénésie des visites, le protocole souvent écorné. Le chef d'Etat ne fait que passer là où les mœurs supposent que l'on reste trois jours et que l'on parcoure la capitale ainsi qu'une ou deux villes de province.

Les bourdes diplomatiques, les relations glaciales ou chaleureuses avec les dirigeants de ce monde sont aussi évoquées. Bruno Dive relate ainsi, citant la presse allemande, que le compagnon d'Angela Merkel a offert à la chancelière un coffret de Louis de Funès afin de l'aider à mieux comprendre le président français. Il rapporte encore ces soirées boycottées à Londres ou à Rome pour rejoindre sa belle à Paris, ses remarques désobligeantes sur le physique des journalistes l'accompagnant, ses joggings du matin.

Et puis le bal des intrigants. Cette cour qui gravite autour du président de la République lors de chacun de ses voyages, essayant de se placer au mieux. L'avion présidentiel n'a pas de réservoirs assez grands pour dispenser les globe-trotters d'escales d'un autre temps, mais il comporte une chambre et un salon à l'avant, une cabine où l'on s'entasse à l'arrière, espérant toujours que le chef de l'Etat convie les autres passagers à partager un instant, un verre ou un karaoké. C'est que Nicolas Sarkozy adore chanter et invite régulièrement ses ministres à faire chorale. «Je n'en peux plus des Lacs du Connemara!», aurait juré l'un d'eux.

Bruno Dive, enfin, révèle comment chacun s'invente une activité pour s'occuper durant les trajets. Ici Rama Yade, secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme, qui écoute son iPod ou note les autres membres du gouvernement, là Nathalie Kosciusko-Morizet, attachée à l'Ecologie, qui recoud le pantalon d'un conseiller en communication. D'un autre temps, disait-on.