Le célèbre pasteur et fondateur de la Morality Majority Jerry Falwell, décédé il y a peu, doit se retourner dans sa tombe. La fille du vice-président américain Dick Cheney, Mary, vient de donner naissance à un petit garçon, Samuel David Cheney. C'est le sixième petit-fils du numéro deux de la Maison-Blanche.

L'événement, heureux en soi, indispose pourtant Dick Cheney qui appartient à l'une des administrations américaines parmi les plus conservatrices sur le plan social que le pays ait jamais connues. Car Mary Cheney, 38 ans, est lesbienne. Elle vit en Virginie avec sa compagne Heather Poe, 45 ans, depuis une quinzaine d'années. Ironie de la situation: en novembre dernier, le Parti républicain de Dick Cheney a fait passer des amendements législatifs en Virginie pour interdire le mariage homosexuel privant ainsi Heather Poe des pleins droits sur le bébé.

La naissance de Samuel a déclenché des réactions très diverses. Dans le camp des chrétiens conservateurs que l'administration Bush a beaucoup caressés dans le sens du poil, il y a eu des propos indignés. Un sénateur républicain de l'Illinois n'a pas hésité à traiter Mary Cheney de pécheresse et d'hédoniste égoïste. Interrogé sur la question, Dick Cheney botte en touche, estimant que le problème des mariages homosexuels est de la compétence des Etats et non du gouvernement fédéral.

Au sein de la communauté gay, la venue au monde de Samuel a été saluée, Mary Cheney devenant une icône rêvée pour faire avancer la cause des homosexuels à un moment où la Cour suprême a pris un tournant pour le moins conservateur. Certains homosexuels sont pourtant très critiques à l'égard de la fille du vice-président qui a fait campagne pour son père en 2000 et en 2004 comme stratège pour «un parti ouvertement homophobe». «Comment Mary Cheney peut-elle défendre une administration contraire à ses aspirations, à son existence et à celle de son fils?» se demandent-ils. Aux Etats-Unis, l'affaire a fait grand bruit. Même le chanteur Eminem en a fait une chanson évoquant Mary: «Maman m'embrassa avant d'éclater en sanglots...»