Giorgio Armani, 44963206 euros. Miuccia Prada, 5128995 euros. Francesco Totti, 10085431 euros. Pendant quelques heures, tous les Italiens ont pu jeter un coup d'œil mercredi sur les revenus imposables des stars du sport, du spectacle ou de la télévision. Mais aussi de tous leurs voisins. Il suffisait en effet de se connecter, via Internet, au site du Trésor public pour découvrir les déclarations d'impôts 2005 de tous les contribuables du pays.

«C'est un facteur de démocratie», a revendiqué le vice-ministre des Finances, Vincenzo Visco, à l'origine de l'initiative. «Je n'ai fait que respecter la loi», a-t-il insisté. Depuis 1972, tout citoyen a en effet le droit d'accéder à ces informations dans les centres d'impôts. Mais jamais ces données n'avaient été facilement disponibles, sur Internet. Immédiatement, les journaux italiens se sont précipités pour dresser des listes de personnalités avant que le tollé soulevé par la mesure n'incite l'Autorité garante des libertés individuelles à intervenir et à fermer le site dans l'après-midi. «C'est du délire», s'est notamment insurgé Beppe Grillo, estimant que cette publicité risquait de fournir une liste de victimes potentielles à la mafia. Grand pourfendeur des privilèges de la classe politique, l'acteur comique a déclaré plus de... 4 millions d'euros de revenus annuels. La révélation a créé un vif émoi parmi ses soutiens.

Au delà, le pays et la gauche italienne se divisent aujourd'hui entre les partisans de la «vérité» et ceux qui dénoncent des pratiques liberticides. «La transparence est dissuasive pour les fraudeurs», a répété Vincenzo Visco, qui a lui déclaré, en 2005, 130394 euros.