Il a pour nom le Sanctuaire du «pays apaisé», mais Yasukuni Jinja est en fait un lieu qui attise les rancœurs historiques. Chaque fois qu'un homme politique japonais décide de s'y recueillir, il s'attire les critiques de la Chine et de la Corée du Sud, victimes par le passé des fureurs guerrières du Japon.

La controverse a enflé en 1978, lorsque les gestionnaires du Sanctuaire et du musée historique attenant ont ajouté les noms de 14 célèbres criminels de guerre japonais aux quelque 2,5 millions d'âmes de soldats morts pour la patrie depuis 1853, qui sont vénérés à Yasukuni. L'empereur du Japon lui-même aurait alors décidé de ne plus honorer le lieu de sa présence.

En revanche, les premiers ministres japonais s'y sont succédé à titre «privé». La palme de l'assiduité est revenue à Junichiro Koizumi, prédécesseur de l'actuel chef du gouvernement, qui n'a pas manqué d'effectuer chaque année une visite «privée» à Yasukuni. Chacune d'elle a miné un peu plus les relations diplomatiques avec Pékin et Séoul.

Shinzo Abe, son successeur depuis septembre 2006, tente de calmer le jeu. Il demeure évasif: «Tant que les questions concernant le Yasukuni resteront un problème politique et diplomatique, je me suis assigné comme règle de ne jamais dire si j'ai visité le sanctuaire ou si j'y ai fait déposer une offrande.»

Les responsables du sanctuaire ont été moins discrets. Ils ont annoncé que le premier ministre avait certes décliné leur invitation à se rendre au festival de printemps organisé fin avril au temple, mais que son bureau avait envoyé un pot de Sakaki (Cleyera japonica) aux âmes de Yasukuni. Pékin et Séoul se sont contentés de protester avec mesure. Tandis que la Corée du Sud regrettait «vivement», la Chine a rappelé que le sujet était «sensible». Mais tous ont pu constater que l'effet du Sakaki était hautement diplomatique et qu'il s'étend au Japon lui-même: en avril 2006, 200 parlementaires japonais étaient allés à Yasukuni. Ils n'étaient plus que 32 cette année.