Au pied du Vésuve, on guette désormais les rats. Les responsables sanitaires de Naples estiment qu'un risque de choléra est pour l'heure écarté mais l'accumulation depuis plusieurs semaines d'ordures le long des routes et des immeubles continue d'inquiéter très sérieusement les autorités. Dans toute la province, ce ne sont en effet pas moins de 15000 tonnes de déchets qui s'entassent à ciel ouvert alors que les grandes chaleurs commencent à s'abattre sur la Péninsule.

Depuis des années, l'élimination des ordures constitue un fléau pour la Campanie. Les décharges sont notoirement insuffisantes et certaines ont été récemment séquestrées par la justice puis fermées; elles étaient contrôlées par la Camorra. Le gouvernement a bien décidé en urgence d'ouvrir le 10 mai dernier quatre nouveaux sites pour traiter les déchets, mais les populations locales se sont mobilisées pour empêcher de telles installations sur leur territoire. La police a dû intervenir vigoureusement. Quoiqu'il arrive, les nouvelles décharges ne seront pas opérationnelles avant plusieurs semaines.

En attendant, Naples est submergée de détritus et certaines rues envahies par une odeur pestilentielle. Excédés, nombre d'habitants ont décidé de brûler les amas de sacs poubelles, entassés parfois sur plusieurs mètres de hauteur, devant leur porte. Des pneus de voiture, des téléviseurs, des réfrigérateurs se mêlent aux ordures ménagères dans des brasiers improvisés. En quarante-huit heures, les pompiers ont dû intervenir près de 150 fois pour éteindre ces bombes écologiques. «Cela dégage de la dioxine, il y a de l'amiante qui brûle, c'est une vraie folie», s'alarme le toxicologue Antonio Marfella. Certaines écoles ont été fermées jusqu'à nouvel ordre. Quant à l'archevêque de Naples, Crescenzio Sepe, il a réclamé jeudi «une intervention de l'armée».