Union européenne

L’homme de David Cameron à Bruxelles votera pour le Brexit

Syed Kamall, chef des conservateurs britanniques au Parlement européen, a choisi son camp. Il estime qu’une telle occasion - le référendum - ne se présentera plus jamais.

Le camp favorable à la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (Brexit) compte un nouveau ténor. Syed Kamall, eurodéputé britannique depuis 2005, président de la famille politique Alliance des conservateurs et réformistes européens (ACRE) au Parlement européen et, par-dessus tout, l’homme du premier ministre britannique David Cameron à Bruxelles, fera campagne pour le Brexit. Les deux hommes s’étaient rencontrés la dernière fois le 16 février dans la capitale européenne. Syed Kamall n’avait alors pas encore choisi son camp. Les citoyens britanniques se prononceront le 23 juin prochain sur leur appartenance à l’UE sur la base d’un accord conclu entre Bruxelles et Londres le mois dernier.

A l’instar du maire de Londres Boris Johnson, Syed Kamall a également pris de court le 10 Downing Street. Le politicien a choisi les réseaux sociaux pour expliquer sa décision. «Ce n’est pas parce que le premier ministre a obtenu un mauvais accord avec l’Union, mais parce que je crois que le Royaume-Uni aura un meilleur avenir à l’extérieur», a-t-il écrit vendredi. Et d’ajouter: «Quitter l’UE présentera de nombreux défis tels que la négociation de multiples accords commerciaux, mais je crois qu’une telle opportunité – un référendum pour décider de notre avenir – ne se représentera jamais.» Une référence au modèle suisse? «Non, explique son porte-parole John Furbisher. En cas de oui au Brexit, le Royaume-Uni devra négocier son propre arrangement en tant que pays quittant l’Union.»

Syed Kamall souhaite aussi une politique migratoire plus ouverte au monde et selon lui, cela n’est pas possible en restant membre de l’UE. Le député européen est une voix respectée dans la communauté asiatique (Inde, Pakistan, Bangladesh). Celle-ci compte près de 7 millions habitants, soit 5% de la population britannique. Né en 1967 de parents indiens établis en Guyane et qui ont, dans les années 1950, immigré au Royaume-Uni, l’homme a rejoint le Parti conservateur en 1989. Ingénieur de formation et détenteur d’un doctorat en économie, il était l’un des sérieux prétendants au poste de maire de Londres, qui a été ravi par Boris Johnson en 2008.

La décision de rejoindre le camp du Brexit passe plutôt mal au sein de l’ACRE où les députés conservateurs britanniques sont au nombre de 20 sur un total de 76 issus de 18 pays. «Il nous a donné un coup de poignard dans le dos», accuse l’un d’entre eux. Des voix réclament sa démission de la tête du groupe, le troisième le plus important après le Parti populaire européen (centre droit) et le Parti social-démocrate. «Sa position pourrait devenir intenable puisque les autres députés du groupe ne veulent pas quitter l’Union, explique un eurodéputé. Il ne peut pas être pris au sérieux si le Royaume-Uni vote pour rester au sein de l’UE.» Timothy Kirkhope, eurodéputé britannique et ferme partisan du statu quo, fait remarquer que Syed Kamall, doyen des eurodéputés conservateurs, «ne représente désormais plus la voix majoritaire au sein du groupe». Autant dire que la course à la succession est déjà ouverte.

L’ironie de l’histoire est que l’eurodéputée Beatrix von Storch de l’AfD, parti populiste allemand et membre du groupe ACRE, réclame ouvertement la tête de Syed Kamall. Il y a dix jours, elle a été priée de quitter le groupe à cause de ses positions extrémistes et antieuropéennes. «Vous ne pouvez pas diriger le groupe si vous faites campagne pour le Brexit», a-t-elle écrit sur son compte Twitter.

Autre paradoxe: Syed Kamall se trouve désormais dans le même camp que sa bête noire au Parlement européen, son compatriote Nigel Farage, chef de file de l’UKIP (Parti de l’indépendance), qui milite inlassablement pour la sortie du Royaume-uni de l’Union. Lors de dernières élections européennes, ce dernier avait remporté le plus grand nombre de sièges au grand dam des conservateurs.

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