Ultra-conservateur, dérangeant et controversé. Stephen Bannon, que Donald Trump vient de nommer «haut conseiller» et chef de la stratégie de la Maison-Blanche, a pour principale qualité de ne laisser personne indifférent. Un journaliste de Fox News l’a surnommé «Goebbels», et Bloomberg a été jusqu’à le qualifier d'«homme le plus dangereux de la sphère politique américaine». Le nouveau président élu lui doit en partie sa victoire: Stephen Bannon était son chef de campagne depuis août 2016. Donald Trump a annoncé sa nomination dimanche. Tout comme il a précisé, alors qu’il est en train de constituer son équipe, que le chef du parti républicain, Reince Priebus, obtient le poste de secrétaire général.

Stephen Bannon, mal aimé parmi les républicains, proche du Tea Party, a une réputation sulfureuse: il est accusé d’être raciste, antisémite et sexiste. L’homme âgé de 62 ans a dirigé, jusqu’à ce qu’il rejoigne l’équipe de Donald Trump, le site d’informations ultra-conservateur Breitbart News, plateforme de la «droite alternative», qui s’illustre par son orientation nationaliste et favorable à la suprématie de la race blanche. Il partage comme son mentor des idées anti-migrants, anti-avortement et anti-establishement.

Marion Maréchal-Le Pen lui répond

L’homme entretient également des contacts avec des mouvements d’extrême droite européens, et a laissé entendre qu’il avait des projets d’extension de Breitbart News en France, dans la perspective de la présidentielle de 2017. Il semble vouer une passion pour Marion Maréchal-Le Pen, nièce de la présidente du Front national, qu’il qualifie de «nouvelle étoile montante». Cette dernière lui a répondu sur Twitter, se disant prête à travailler avec lui.

Breitbart News, qui a ouvertement soutenu Donald Trump et dépassé CNN en termes d’audience, a été dans le collimateur d’Hillary Clinton pendant la campagne. «Breitbart adopte les idées de la frange extrême de la droite conservatrice. Ce sont des idées racistes, islamophobes, anti-migrants, misogynes», a-t-elle accusé. C’est ce site qui a notamment sorti l’affaire des photos osées que le représentant démocrate de New York, Anthony Weiner, mari d’Huma Abedin, la conseillère personnelle d’Hillary Clinton, a envoyé à des adolescentes. Et provoqué sa démission. Les titres des articles publiés ne font pas dans la dentelle. Un exemple: «La contraception rend les femmes moches et folles».

Le parcours de Stephen, dit «Steve», Bannon est des plus hétéroclites. C’est un ancien de la Navy, passé par l’Université de Harvard. Il a ensuite travaillé pour la banque Goldman Sachs, a créé sa propre banque d’investissement, Bannon & Co, spécialisée dans les médias. Il y a fait fortune en rachetant les droits de la série américaine Seinfeld après avoir cédé une société de production cinématographique à Ted Turner.

A la gloire de Sarah Palin

Quelques années plus tard, il se lance dans la réalisation de films à Hollywood. On retient notamment de lui le documentaire «The Undefeated» à la gloire de Sarah Palin, qui était sur le ticket du républicain John McCain pour la présidentielle de 2008. Une femme, d’ailleurs, dont il se dit qu’elle pourrait occuper un poste dans le gouvernement de Donald Trump. Il est aussi derrière le Government Accountabilty Institute, à qui l’on doit le livre «Clinton Cash», qui révèle les dessous de la fortune des Clinton.

Stephen Bannon n’a pas toujours été un républicain. Comme il l’a lui-même déclaré en 2015 à Bloomberg, il vient d’une famille de «démocrates ouvriers, catholiques irlandais, pro-Kennedy et pro-syndicats». «Je n’étais pas politique avant de rentrer dans l’armée et de découvrir à quel point Jimmy Carter a foutu le bordel. Je suis devenu un grand admirateur de Reagan, et je le suis toujours. Mais le déclencheur, contre l’establishment, a été de diriger des entreprises en Asie en 2008 et de voir que Bush a mis autant de bordel que Carter. Tout le pays était une catastrophe», a-t-il ajouté.

Le futur stratège de Donald Trump a à son actif des déboires conjugaux. Une de ses ex-femmes l’a accusé, en 1996, de violences: il l’aurait saisie au cou et menacé de kidnapper ses filles. Mary Louise Piccard a aussi mis en avant, en 2007, ses penchants antisémites en déclarant qu’il n’était pas favorable à ce que leurs jumelles fréquentent la Archer School for Girls de Los Angeles parce qu’il y avait «trop de juifs». Des accusations qu’il a toujours réfutées.

Des ressources financières

Ben Shapiro, ancien rédacteur en chef de Breitbart News, a récemment lâché sa plume incisive contre Stephen Bannon dans une chronique, le qualifiant de «méchant», qui se distingue par un langage outrancier envers ses supposés amis et est animé par un esprit de vengeance à l’égard de ses ennemis. Plusieurs de ses employés, qui ont quitté la rédaction après l’agression de leur collègue Michelle Fields par l’ex-directeur de campagne de Donald Trump, sont également sortis du bois pour se répandre en propos peu élogieux envers leur ancien patron. Le personnage, rugueux, semble diriger ses équipes comme s’il était à l’armée. Il passe toutefois, à en croire d’autres témoignages qui se répandent dans les médias américains, pour quelqu’un de généreux.

Dans une enquête qui lui est consacrée, et publiée avant l’élection, The New Republic a ces mots, qui résument le personnage: «Stephen Bannon a tout pour maintenir le trumpisme vivant, même si Trump ne remporte pas l’élection. Il a la passion idéologique, les ressources financières, les connexions dans les médias, un sens astucieux du fonctionnement de la politique américaine».

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La Trump Organization fait de l’ombre au président Trump

Dans le Golfe, en Turquie ou en Azerbaïdjan, le négoce continue. De quoi susciter les pires craintes en termes de conflits d’intérêt

C’est vite vu: «Il n’y aura rien de pareil, ni dans la région ni au-delà.» L’architecte de ces terrains de golf est «facilement» un des plus recherchés aujourd’hui. Et bientôt, c’est-à-dire d’ici à 2019, des «villas luxueuses et des mansions», ainsi que six restaurants, des magasins, et un SPA viendront compléter le tableau en surplombant les terrains. Le message alléchant date de cette année. Il est signé Donald Trump, et il décrit le projet de «Trump International Golf Club» qui est en train de sortir de terre, en ce moment même, à Dubaï, dans les Emirats arabes unis.

Investissements et dettes à l'étranger

Pendant la campagne présidentielle américaine, les affaires ont continué pour le milliardaire fraîchement élu. Jamais encore, un président n’était entré à la Maison-Blanche avec un tel empire et pareil réseau de relations d’affaires, qui incluent de nombreux investissements à l’étranger et de dettes importantes à l’égard de grandes banques étrangères. Le risque, ce n’est pas que des conflits d’intérêt puissent surgir, mais qu’ils soient tellement nombreux qu’ils finissent par brouiller complètement l’action du 45e président des Etats-Unis.

Les Emirats arabes unis, pour ne prendre que cet exemple, ne sont pas seulement un terrain d’accueil favorable pour les projets démesurés tels que les affectionne la Trump Organization. Ce pays est aussi en première ligne, aux côtés de l’Arabie saoudite, dans la guerre qui ravage le Yémen et qui est le théâtre, selon l’ONU, de très graves violations des droits de l’homme.

En cours de campagne, la question s’est posée de savoir si un Donald Trump élu président accepterait de placer ses actifs dans ce que l’on appelle un «blind trust», c’est-à-dire à mettre entre les mains d’une entité indépendante la charge de gérer le quotidien de ses opérations économiques. Plusieurs anciens chefs de la Maison-Blanche (à l’exception de Barack Obama) ont eu recours à ce procédé, même si aucun d’entre eux ne pouvait prétendre à un empire financier de la taille de son conglomérat. L’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, lui aussi milliardaire, avait également renoncé à la gestion de son entreprise, Bloomberg LP, et revendu ou donné ses terminaux d’informations financières à des firmes new-yorkaises.

Durant la campagne, Donald Trump a plutôt évoqué l’idée de remettre – provisoirement – son empire à ses trois enfants les plus âgés, Donald Jr, Ivanka et Eric. «Nous prendrons soin du business, on va bien s’amuser et le rendre très fier de nous», commentait Eric, dans une émission télévisée (60 Minutes) consacrée ce dimanche à Trump et à sa famille. Le président élu a toujours affirmé qu’il voulait aussi conserver auprès de lui ses enfants – «Ils sont très intelligents» – dans ses affaires politiques, du moins au cours de la période de transition. Dans la même émission, il assurait cependant qu’ils ne bénéficieront pas d’un poste officiel.

Activités liées au nom de son fondateur

L’idée que des membres de la famille, portant le même nom que lui, puissent continuer de faire du négoce parallèlement aux activités exercées par le président des Etats-Unis a fait bondir les spécialistes cités dans la presse américaine. Mais à la vérité, même la perspective d’un «blind trust» n’était pas de nature à les rassurer, tant les activités commerciales de la Trump Organization sont étroitement associées au nom de son fondateur.

Les émirats ne sont pas, loin s’en faut, le seul pays où la question d’un conflit d’intérêts peut se poser. En dehors même des Etats-Unis, le milliardaire a prêté son nom, en échange de plusieurs millions de dollars annuels, à une série de constructions de luxe en Turquie et il étudie des projets similaires en Russie, deux pays qui ont bruyamment applaudi l’élection du républicain. Idem en Azerbaïdjan, ou en Inde. Mais c’est surtout vers l’Arabie saoudite que se tournent les regards. Le candidat Trump avait eu des mots très durs envers la monarchie pétrolière, avant de tenir ensuite des propos plus mesurés. Sans rancune. Oublions «les différends du passé», a réagi la semaine dernière le prince saoudien Alwaleed bi Talal, après qu’il avait qualifié Trump de «disgrâce pour l’Amérique».

(Luis Lema)