Le mystère s’épaissit autour de l’homme au chapeau filmé par les caméras de l’aéroport de Zaventem et qui est considéré comme l’un des trois complices de l’attentat du 22 mars dernier. La police belge a diffusé lundi une vidéo dans le cadre d’un avis de recherche. Sur les images, l’homme à la veste crème, chapeau vissé jusqu’aux yeux et lunettes de vue pousse un chariot sur lequel est posé un grand sac à main noir. A sa droite, les deux kamikazes Ibrahim El Bakraoui et Najim Laachraoui qui ont déjà été identifiés. Le troisième larron aurait pris la fuite avant les déflagrations.

Dans un premier temps, l’homme au chapeau avait été considéré comme étant Fayçal Cheffou, 30 ans, arrêté jeudi soir et inculpé pour participation aux activités d’un groupe terroriste, d’assassinats terroristes et tentatives d’assassinats terroristes. Il avait été identifié par le chauffeur de taxi qui avait conduit les trois djihadistes de leur planque de Schaerbeek, une commune de Bruxelles, à l’aéroport. Toutefois, selon les tests ADN, l’homme au chapeau n’est pas Fayçal Cheffou. Le parquet fédéral l’a libéré lundi en fin de journée.

Lundi matin portant, le secrétaire d’Etat belge à l’Asile et la Migration postait, sur son compte Twitter, un message qui en dit long: «Fayçal Cheffou est un sale type djihadiste extrémiste.»

Une connaissance de Salah Abdeslam

Fayçal Cheffou a été vu une première fois par la police mardi matin près de la station de métro de Maelbeek où avait lieu le deuxième attentat. Mais il habite non loin de là, ce qui explique pourquoi il n’a pas fait l’objet d'un quelconque soupçon. Après son arrestation jeudi soir, en compagnie de trois autres personnes, il n’a pas coopéré avec les enquêteurs. Ces derniers ont tout de même établi qu’il connaissait plusieurs membres du réseau terroriste, dont Salah Abdeslam. Lié aux attentats de Paris le 13 décembre dernier, ce dernier a été arrêté, après quatre mois de cavale, le 18 mars à Molenbeek, cette commune bruxelloise désormais connue comme le fief du djihadisme en Europe.

Fayçal Cheffou n’est par ailleurs pas un inconnu des services de l’ordre. Se disant journaliste indépendant, il était particulièrement actif au parc Maxmillien, qui accueille les réfugiés dès septembre dernier. Son activisme poussé et son langage de haine avaient interpellé le maire de Bruxelles Yvan Mayeur qui l’avait dénoncé à la police. Suite au refus du juge d’intervenir, il avait obtenu une injonction interdisant le parc à l’activiste. Dans un document vidéo, Fayçal Cheffou s’indignait que les repas des réfugiés musulmans aient été servis avant la rupture du jeûne pendant le ramadan.

Il y a quelques années, Fayçal Cheffou avait collaboré avec une radio locale à Bruxelles. Vinz Kante, l’un de ses anciens collègues, le décrit comme passionné, intelligent et toujours à l’écoute des personnes. «Mais petit à petit, son discours a évolué et il a commencé à poster des vidéos relayant la théorie du complot sur les réseaux sociaux», raconte-t-il à la chaîne RTL.

Ramification internationale

Dans un autre développement majeur, les enquêteurs ont formellement aussi établi les liens entre les attentats en Belgique et à Paris le 13 novembre. Ils ont dévoilé la ramification européenne des terroristes. Suite à l’enquête sur le projet d’attentat déjoué jeudi en France et l’arrestation du suspect Reda Kriket, un Français de 32 ans né en banlieue parisienne et domicilié dans le département du Val-de-Marne a été arrêté dimanche à Amsterdam.

La police affirme que l’homme a séjourné en Syrie et le soupçonne d’avoir été mandaté pour commettre un attentat en France, avec Reda Kriket. Trois autres suspects, dont deux hommes de 43 et 47 ans d’origine algérienne, ont également été interpellés à Rotterdam, où ont eu lieu plusieurs perquisitions.

A la demande du parquet belge, des perquisitions ont aussi été menées en Italie. Un algérien de 40 ans, Djamal Ouali, a été arrêté samedi dans la région de Salerne. Il est soupçonné de fabrication de faux documents d’identité ayant été utilisés par certains terroristes des attentats de Paris et probablement aussi par Salah Abdeslam, un des logisticiens présumés des attentats de Paris.


Bilan provisoire

Enfin, selon un bilan toujours provisoire établi lundi, les deux attentats qui ont ensanglanté la Belgique le 22 mars, l’un à l’aéroport et l’autre à la station de métro de Maelbeek, ont fait 35 morts et plus de 300 blessés dont une cinquantaine sont encore aux soins intensifs.


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