Sans surprise, Ibrahim Boubacar Keïta est arrivé largement en tête du premier tour de l’élection présidentielle malienne. D’après les résultats annoncés vendredi par les autorités, il obtient 39,24% des voix, contre 19,44% pour son dauphin, Soumaïla Cissé. A noter, un taux de participation historique de 51,54%. Lors de la dernière élection présidentielle, en 2007, la participation avait plafonné à 37%. Ibrahim Boubacar Keïta risque pourtant d’être déçu, lui qui espérait l’emporter dès le premier tour. Il en est loin, mais demeure le grand favori du second tour, qui se tiendra le 11 août.

IBK. Qu’ils le soutiennent ou qu’ils s’opposent à lui, c’est par ces trois lettres que les Maliens le désignent tous, depuis de longues années. Ancien premier ministre, ancien président de l’Assemblée nationale, Ibrahim Boubacar Keïta est un vieux loup de la scène politique malienne, et c’est cette expérience mêlée à une réputation d’intransigeance qui fait aujourd’hui sa force auprès de citoyens maliens épuisés par un an et demi d’instabilité politique, de coup d’Etat, d’occupation islamiste et de guerre de reconquête avec l’aide de la France. «Je serai le garant de la souveraineté du Mali, n’a-t-il cessé de clamer pendant sa campagne, et je suis prêt à redonner au Mali son honneur et à bâtir son bonheur.»

Agé de 68 ans, IBK est né à Koutiala, dans le sud du Mali. Mais c’est à Bamako, où il jouit d’une immense popularité, que se trouvent aujourd’hui son fief électoral et le centre de tous ses réseaux. Après vingt-six années passées en France, où il étudie l’histoire, les sciences politiques et les relations internationales avant d’enseigner à l’université, Ibrahim Boubacar Keïta rentre au Mali en 1986. Le pays vit alors sous la dictature militaire de Moussa Traoré, qui sera renversé cinq ans plus tard. IBK se range alors au côté du premier président de l’ère dite démocratique, Alpha Oumar Konaré, dont il sera ministre des Affaires étrangères, puis premier ministre de 1994 à 2000.

«C’est un homme à poigne», «il est fort», «il sait diriger», disent de lui les nombreux Maliens interrogés dans la capitale et qui, sans être militants, ont décidé de cocher son nom sur le bulletin de vote. Cette réputation, c’est à cette période qu’il se l’est bâtie. Tous gardent en mémoire les révoltes étudiantes de la fin des années 1990, sur lesquelles beaucoup de leaders politiques se sont cassé les dents mais qu’il a su, lui, mater de manière radicale. Les étudiants passés par la case prison s’en souviennent encore. Ceux qui, plus nombreux, lui ont su gré de cette fermeté, s’en souviennent aussi. Ces dernières semaines, IBK a donc misé sur sa «stature d’homme d’Etat», assurant qu’il saurait être «l’homme qui va rassurer les Maliens». Selon lui, «les Maliens ont besoin de dignité et d’honneur. Le reste suivra».

Candidat naturel à la succession d’Alpha Oumar Konaré pour la présidentielle de 2002, IBK est écarté de l’investiture par son propre parti. Il crée alors le sien, le Rassemblement pour le Mali (RPM). IBK essuie un nouvel échec lors de la présidentielle de 2007, mais il est cette fois présent au second tour et crie à la fraude. En vain, c’est Amadou Toumani Touré qui l’emporte. Cette déception est aujourd’hui un nouvel atout puisque beaucoup de Maliens restent persuadés qu’il s’est alors fait voler la victoire, et que le temps est venu de lui rendre justice en l’installant dans le palais présidentiel de Koulouba. Avant cela, de 2002 à 2007, IBK avait aiguisé ses armes en tant que président de l’Assemblée nationale, placard doré pour candidat malheureux.

Après le coup d’Etat militaire du 22 mars 2012, IBK prend position en faveur des putschistes. S’il n’a officiellement aucun lien avec la junte militaire, il se range aux côtés de tous les Maliens qui, passé la frayeur des premiers instants, veulent croire que le putsch est l’occasion d’un changement. En finir avec la corruption des années ATT, renforcer l’armée pour lutter contre les groupes armés, les objectifs des putschistes séduisent. Ce soutien lui vaut aujourd’hui d’être le candidat officieux des militaires, qui espèrent qu’avec lui la justice leur sera plus favorable.

Au-delà de l’armée, Ibrahim Boubacar Keïta peut compter sur le soutien de nombreuses associations islamiques, dans un pays à plus de 90% musulman. Ainsi, de nombreux prêches pro-IBK ont été organisés dans les mosquées durant la campagne. Membre de l’internationale socialiste, IBK est également proche des réseaux socialistes français, notamment de l’actuel ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, qu’il appelle «mon ami.». Un atout supplémentaire, même si Paris s’est efforcé de prévenir tout soupçon d’ingérence en n’exprimant publiquement aucune préférence.

A la tête du pays, IBK s’engage à réconcilier toutes les communautés grâce à des Assises nationales et à augmenter le budget de la défense pour assurer la sécurité des Maliens. Il promet enfin une «tolérance zéro contre la corruption», sans expliquer comment il compte s’y prendre.

Il peut compter sur le soutien de nombreuses associations islamiques, dans un pays à plus de 90% musulman