Plusieurs dizaines de corps massacrés à l'arme blanche ont été découverts par une patrouille française près de deux villages au nord de Bunia, chef-lieu de l'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Alors que les ministres français et belges de la Défense sont attendus à Bunia en fin de semaine, afin d'évaluer l'action de la force multinationale, ces nouveaux massacres, attribués à des combattants lendus, viennent encore de rappeler la réalité du terrain: malgré les efforts déployés par le contingent français, soutenu par l'Union européenne, seule Bunia est plus ou moins sécurisée, en ce sens que les hommes en armes n'y sont plus visibles de jour.

Mais dans les campagnes, où les observateurs de l'ONU ne se rendent plus depuis que deux d'entre eux ont été massacrés à Mongwalu, l'horreur règne toujours. D'après des récits tenus à Bunia par des civils qui cherchent refuge en ville, des groupes armés écument les campagnes et des Lendus, opérant à l'arme blanche, massacrent systématiquement des Hemas vivant dans les villages. A Bunia par contre, la milice hema de Thomas Lubanga a chassé les Lendus qui vivaient dans la ville et qui avaient profité du départ des troupes ougandaises pour se lancer dans des massacres de civils.

Ces violences illustrent les insuffisances tant de la mission de l'ONU (Monuc) que de l'Opération «Artemis»: les casques bleus ne peuvent tirer que pour se défendre, et le mandat des Français, autorisés, eux, à ouvrir le feu, ne leur permet pas de se rendre dans les régions les plus «chaudes». Sauf, apparemment, du côté du lac Albert, à 45 km de Bunia, donc en dehors du périmètre officiellement prévu. Il est vrai que c'est dans cette région que se déroulent actuellement d'importantes prospections pétrolières, menées par la compagnie canadienne Heritage Oil, qui aurait découvert un gisement évalué à un milliard de barils de brut, d'excellente qualité. Le gisement se trouvant à cheval sur la frontière entre l'Ouganda et le Congo, Heritage Oil aurait déjà conclu un accord avec ces deux pays et Elf pourrait souhaiter s'associer aux prospections.

Ces massacres surviennent aussi au moment où à Bunia la force internationale a organisé une troisième réunion de concertation entre groupes armés et tente de mettre sur pied un mécanisme de vérification des incidents. C'est qu'il est déjà temps de songer à la relève: le 1er septembre, les Français doivent quitter Bunia, et ils seront remplacés par 3800 casques bleus venus du Bangladesh qui seront dotés d'un mandat renforcé et pourront ouvrir le feu (lire encadré).

A Kinshasa, la situation dans l'Ituri a été abordée au cours de la première réunion du tout nouveau gouvernement de transition et les ministres frais émoulus ont regretté que ce problème ait été pratiquement abandonné à la gestion de la communauté internationale. C'est pourquoi le premier geste d'Olivier Kamitatu, qui préside l'Assemblée nationale, a été de décider de l'envoi d'une mission parlementaire congolaise dans l'Ituri: «Il est temps que nous prenions nous-mêmes en charge la résolution de ce conflit qui est d'abord politique», a-t-il déclaré. Un conflit qui, on ne le rappellera jamais assez, est aussi alimenté par des voisins peu désireux de voir la paix s'installer au Congo.