Après la catastrophe naturelle, les grandes manœuvres humanitaires. Six jours après le passage du typhon Haiyan, les Etats-Unis ont annoncé jeudi l’arrivée, au large des Philippines, de leur porte-avions George Washington. Le bâtiment apporte un extraordinaire renfort à des opérations de secours encore balbutiantes: 5000 hommes, des dizaines d’avions, quinze hélicoptères et de grosses capacités de production d’eau potable. America is here!

«Les opérations de secours menées par les Etats à la suite de catastrophes naturelles sont un mélange de générosité et de calcul, explique Gilles Carbonnier, président du Centre d’enseignement et de recherche en action humanitaire de Genève. Elles peuvent témoigner d’authentiques mouvements de sympathie envers des populations sinistrées. Mais l’intérêt national influence grandement l’ampleur de la réaction.»

Le chercheur décrit comme un cas d’école l’aide que les Etats-Unis ont apportée, en 1812, à la ville de Caracas frappée par un séisme. Dans un contexte de guerre d’indépendance du Venezuela contre l’Espagne, Washington a saisi l’occasion pour se positionner contre l’ex-puissance coloniale. Deux cents ans plus tard, il utilise le même moyen pour prouver son utilité à ses alliés asiatiques.

«Les Etats-Unis sont de loin, aujourd’hui, le plus gros donateur d’aide humanitaire au monde, poursuit Gilles Carbonnier. Leur gouvernement apprécie ce genre d’interventions, parce qu’elles ne sont pas trop délicates politiquement. Et parce qu’elles sont plus faciles à vendre au Congrès que l’aide au développement.»

Le porte-parole du Pentagone, George Little, a reconnu l’intérêt politique de ce genre d’interventions, qui sont devenues, selon lui, une «priorité». «L’aide humanitaire et le secours d’urgence constituent des piliers essentiels de notre stratégie de défense», a-t-il déclaré. Ce d’autant que, selon un document du Ministère américain de la défense, ils sont «bon marché» et «hautement efficaces».

Le gain peut s’avérer élevé, en effet. L’aide apportée par les Etats-Unis à l’Indonésie, après le tsunami de décembre 2004, a initié un retour au dialogue entre les deux pays, alors que les échanges étaient restés limités au minimum pendant une dizaine d’années. L’assistance américaine au Japon, après le tsunami de mars 2011, a suscité un nouvel élan entre les deux alliés en une période de tensions politiques.

La Chine pas à la hauteur

A l’inverse des Etats-Unis, la Chine a négligé cette occasion d’aider généreusement les Philippines. Elle a annoncé lundi avoir décidé de leur offrir 100 000 dollars, auxquels s’ajoutait un montant équivalent de la Croix-Rouge chinoise. Soit beaucoup moins que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, qui avaient promis des dizaines de millions. Et bien moins, aussi, que des pays comme la Norvège, les Emirats arabes unis et le Koweït.

L’hostilité que les autorités chinoises vouent aux Philippines explique cette retenue. Mais cette attitude a été vertement critiquée. «La deuxième économie mondiale se débarrasse de sa petite monnaie sur l’archipel dévasté par la tempête», s’est moqué le magazine américain Time .

«La Chine, comme puissance responsable, se doit de participer aux opérations de secours dans un pays voisin frappé par une catastrophe, que ce pays soit ou non un ami, a dénoncé de son côté l’éditorialiste d’un quotidien officiel chinois, le Global Times . Le statut d’un pays sur la scène mondiale ne dépend pas seulement de sa puissance économique et militaire, il est aussi déterminé par le «soft power» qu’il déploie, dont son ­attitude face aux crises humani­taires.» Jeudi, Pékin a annoncé avoir finalement élevé son aide à 1,5 million de dollars.