Hier, le discours de Xi Jinping dans la salle principale du Palais du Peuple ainsi que la conférence de presse de Li Keqiang qui l’a suivi ont marqué la fin du congrès et l’entrée officielle en fonction du nouveau président et de son premier ministre.

Pendant douze jours, les 3000 délégués de l’Assemblée nationale populaire étaient rassemblés à Pékin pour élire le 1er secrétaire du parti au poste de président, valider son équipe gouvernementale et approuver d’importantes restructurations de l’Etat, comme le rattachement du Ministère du rail – empêtré dans les scandales de corruption – au Ministère des transports ou l’élévation au rang de ministère du Bureau de contrôle de la nourriture et des médicaments, jusqu’alors sous la tutelle du Ministère de la santé et bien impuissant face aux scandales alimentaires tous azimuts. Ce matin encore, les délégués ont voté le budget du gouvernement central et des gouvernements locaux pour 2013, avec 17% de voix contre (!).

Les deux mains sur son pupitre, Xi Jinping a ensuite martelé un discours patriotique: «Nous allons continuer à nous battre pour la cause du socialisme aux couleurs de la Chine et pour réaliser le rêve d’une grande renaissance de la nation chinoise.» Tout en appelant l’armée à se tenir prête: «Elle doit améliorer ses capacités à remplir ses missions et défendre résolument la souveraineté et la sécurité nationales.» Sans le nommer, la Chine de Xi Jinping entend récupérer l’archipel des îles Diaoyu-Senkaku, dont elle conteste la souveraineté nippone.

On change ensuite de salle pour assister à la première conférence de presse du premier ministre Li Keqiang. Il se présente à 10h30, accompagné de ses quatre vice-premiers ministres: Zhang Gaoli, Liu Yandong, l’ancien chef du Guangdong Wang Yang, et Ma Kai.

S’ensuit un déluge de promesses, en fonction des interventions, présélectionnées, de l’auditoire. «Nous allons accepter la supervision par la société et par les médias», annonce d’emblée le premier ministre, dont le débit de parole soutenu tranche avec le style de son prédécesseur. «On ne demande qu’à voir!» twitte aussitôt Malcolm Moore, correspondant du Daily Telegraph. Le premier ministre annonce, pour la fin de l’année, une réforme des laojiao, ou camps de rééducation par le travail.

La pollution? «Nous la combattrons avec une poigne de fer. Notre souhait est que tous les Chinois puissent respirer un air pur, manger de la nourriture saine et boire de l’eau claire. Nous combattrons les pollueurs sans merci.» La corruption? «Nous devrions commencer par nous-mêmes, en réduisant nos dépenses, en s’imposant une révolution.» Le mot est fort et les mesures annoncées réalistes: gel des constructions de bâtiments gouvernementaux, moins d’officiels, moins de voitures de fonction, moins de cérémonies fastueuses et de voyages à l’étranger.

Face au fléau des intérêts cachés – à l’image du scandale sur la fortune du clan Wen Jiabao, révélé en octobre 2012 par le New York Times, dont le site est toujours inaccessible en Chine –, le premier ministre veut de l’action: «Peu importe la profondeur de l’eau. Nous irons jusqu’au fond car il n’y a pas d’autre alternative. Un officiel ne doit plus chercher l’enrichissement personnel.»

Li Keqiang parle à présent de croissance économique «durable» quand l’ancienne équipe dirigeante se cantonnait au «développement scientifique» du pays. Celle-ci passe par l’urbanisation, qu’il promet à la fois «constante, active et prudente». Et concernera tous les Chinois, d’où qu’ils soient. «L’urbanisation est aussi un rêve pour les paysans. Et maintenant vient le temps de réaliser ce rêve.»

A une question sans détour sur la cyber-piraterie chinoise dont s’estiment victimes les Etats-Unis: «Nous ne devrions pas porter d’accusations sans fondement […] mais contribuer à la cyber-sécurité. Il s’agit d’un problème mondial: la Chine elle-même est une cible importante de ce genre d’attaques. Nous y sommes opposés», répond le premier ministre, très en forme.

Grâce aux économies attendues grâce à la réduction du train de vie des officiels, Li Keqiang souhaite offrir l’Etat providence à tous les laissés-pour-compte du miracle économique chinois, «avec une meilleure couverture maladie, une assurance chômage et une retraite […] pour garantir leur dignité» et éviter les coups de sang.

«Grâce aux efforts et aux espoirs de 1,3 milliard de personnes, nous connaîtrons la réussite», conclut-il. Il est 12h15: 20 gardes du corps escortent le premier ministre jusqu’à la sortie, sous les applaudissements nourris des journalistes chinois. Une armada d’Audi noires quitte alors la place Tiananmen, pour disparaître dans la brume pékinoise.

«Nous allons accepter la supervision par le peuple et par les médias. […] Nous serons loyaux avec le peuple»