L’IATA administre 380 milliards de dollars

Le transport aérien est l’un des rares secteurs d’activité au monde, avec les télécommunications, à reposer sur un système standardisé, en l’occurrence d’échange de billetterie entre les compagnies aériennes. Conséquence: chaque année, environ 380 milliards de dollars, échangés dans l’industrie aéronautique, passent entre les mains de l’Association internationale du transport aérien (IATA)

Jusqu’à la fin des années 1970, cette puissante association fonctionnait comme un cartel des grands transporteurs, fixant lors de conférences bisannuelles les tarifs applicables par toute l’industrie. Période révolue.

Installée à Genève depuis 1968, l’IATA fonctionne grâce à un budget annuel d’environ 500 millions de dollars. Les cotisations de ses membres financent 3% de ses activités. Le reste de ses revenus émane de services financiers, de ventes de conseils (veille et renseignement économique) et de statistiques spécialisées, ou encore de formations.

Les publications de l’IATA témoignent de l’essor phénoménal du secteur aérien. En dix ans, l’aviation civile est passée de 2 milliards de passagers annuels à 3,5 milliards aujourd’hui. L’IATA pense que le trafic par les airs atteindra les 7,3 milliards d’usagers par an en 2034.

L’Europe pointée du doigt

D’où l’importante responsabilité environnementale de l’aviation civile, l’un des chevaux de bataille de l’association. Cette dernière vise pour le secteur une croissance neutre en carbone dès 2020 et entend réduire de moitié son empreinte environnementale d’ici à 2050.

«Le transport aérien, où la concurrence est devenue impitoyable avec l’arrivée des compagnies à bas coût et l’essor des transporteurs du Golfe, d’Asie, d’Amérique latine ou d’Afrique, est un acteur essentiel du développement économique et social dans le monde», martèle Tony Tyler, directeur général de l’IATA, qui se félicite de cette dynamique.

2014 a été une bonne année comptable pour l’aviation civile. Sauf sur le marché européen. «Car l’espace aérien y est très mal géré», assène Tony Tyler. L’Europe compte 60 organismes de contrôles du ciel, contre un seul aux Etats-Unis.

Pire: l’état des infrastructures aéroportuaires du Vieux Continent. Si elles ne sont pas rapidement améliorées, elles engendreront une réduction de 1,9 million de vols (12% de la demande en termes de connectivité) à l’horizon 2035, prédit l’IATA.

«Les taxes, les redevances… Tout est cher en Europe. Ce marché souffre d’inefficience, d’une réglementation excessive», poursuit Tony Tyler. Exemples: les avions y volent à des altitudes non optimales ou sont contraints à des manœuvres d’atterrissage en escaliers au lieu d’une approche descendante continue, ce qui, dans les deux cas, brûle plus de kérosène que la normale.

Les maux européens sont aussi exacerbés par la faiblesse économique persistante qui caractérise la région. «Tout cela constitue un mélange toxique», conclut-il.