Ce n'est pas encore le pourrissement de la situation tant redouté par de nombreux observateurs de la scène politique libanaise, mais cela en prend tout doucement le chemin. Quatre jours après la démission du gouvernement du premier ministre Omar Karamé, lundi dernier, sous la pression populaire, la crise politique demeure dans l'impasse sur fond de dialogue de sourds entre l'opposition et ceux qu'on appelle les «loyalistes» – ou «pro-syriens». Les premiers campent sur leur exigence que soit mise en place une équipe de transition «neutre», chargée de préparer les élections législatives du printemps prochain tandis que les seconds, eux, en appellent à la formation d'un gouvernement d'union nationale qui inclurait toutes les tendances du spectre politique.

L'opposition rejette les accusations de ne pas saisir ce que les «loyalistes» présentent comme une «main tendue» au motif qu'elle juge prioritaire d'aboutir à un «programme de gouvernement» avant la formation d'un nouveau gouvernement. En d'autres termes, l'acceptation de ses revendications. Parmi celles-ci figure la démission des chefs des principaux organes de sécurité du pays, au premier rang desquels Sayyed Jamil, le tout-puissant patron de la Direction de la sûreté générale. Mais aussi l'engagement formel de la Syrie à retirer ses troupes du Liban immédiatement en vertu des exigences de la résolution 1559 de l'ONU.

Conseil de Riyad

Cette annonce pourrait être faite ce samedi sur fond de pression internationale accrue sur Damas, en l'occurrence saoudienne. Selon le quotidien Al-Charq Al-Awsat, le prince héritier du royaume saoudien aurait conseillé au président syrien, en visite à Riyad jeudi, de retirer ses 14 000 soldats «rapidement» en fixant un «calendrier de retrait», faute de quoi «les relations saoudo-syriennes seront affectées».

Mais pour autant qu'elle ait le contenu qu'on lui prête, cette annonce en provenance de Damas sera-t-elle suffisante à calmer les ardeurs d'une opposition divisée sur ce que devraient être les modalités de ce retrait? Une partie d'entre elle, se réclamant de la résolution 1559, exige un retrait total et immédiat, tandis qu'une autre estime qu'un «redéploiement» dans la Beqaa, en vertu des accords de Taëf de 1989, est négociable, à l'instar du leader druze Walid Joumblatt. Autre question de fond, sur laquelle l'opposition n'entend pas lâcher prise: le retrait du Liban des milliers d'hommes appartenant aux services de renseignement et de sécurité syriens, qui ont leur QG dans la Beqaa.

Dans ce contexte d'impasse, le Hezbollah est au centre du bras de fer entre loyalistes et opposition. Le parti chiite, allié privilégié de Damas au Liban, est sommé de choisir son camp, et laisse toutes les portes ouvertes. S'il considère la 1559 comme une «ligne rouge» évidente, puisque la résolution exige le désarmement des milices, il se dit prêt à assurer la «sécurité stratégique» du Liban en cas de retrait syrien dans le cadre de Taëf, selon l'un de ses députés.