«Il faut une enquête internationale ouverte, transparente pour éviter que d’abord des choses soient cachées, et aussi que le doute ne s’installe»: ces propos ont été prononcés par le président français, Emmanuel Macron, hier soir, au terme de sa visite marathon dans une capitale en partie sinistrée par la double explosion du port de Beyrouth, mardi. Un drame qui a causé des pertes humaines considérables, puisqu’un dernier bilan, encore provisoire, faisait état de 145 décès et plus de 5000 blessés, alors que des dizaines de personnes sont encore portées disparues. S’il a déclaré n’avoir «aucune information en (s)a possession au-delà des informations publiques», le chef de l’Etat français, par son intervention, conforte les appels lancés à Beyrouth depuis mercredi, réclamant une enquête internationale pour résoudre les circonstances de la double explosion.

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Méfiance et colère 

Plusieurs ténors politiques, comme le leader du Parti socialiste progressiste (druze), Walid Joumblatt, ont déjà déclaré «ne pas faire confiance à une enquête locale», et réclamé «une commission d’enquête internationale pour connaître la vérité». Même leitmotiv du côté du patron des Forces libanaises (maronite), Samir Geagea, qui s’interroge, mettant en doute la version officielle: «Qu’attendent donc ceux qui sont au pouvoir? Qui peut vraiment croire que ces produits avaient été oubliés depuis six ans? Le Liban est un Etat failli et les responsables se comportent comme s’il ne se passait rien. Alors qu’il s’agit d’une catastrophe comme Beyrouth n’en avait pas connu depuis cent ans», a-t-il dénoncé.

En quelques minutes et surtout trente ans de corruption et d'incompétence, ils ont ravagé notre ville

Une habitante de Beyrouth 

Dans les rues de Beyrouth, la colère enfle. Un hashtag, «Pendez-les tous», circule sur les réseaux sociaux, appelant à une révolte contre les dirigeants dans leur ensemble, jugés responsables de la catastrophe. «Ça suffit, plus de pardon, plus d’excuses, en quelques minutes et surtout trente ans de corruption et d’incompétence, ils ont ravagé notre ville», s’écriait hier Roula, une habitante de la capitale, qui a perdu plusieurs de ses amis dans le drame.

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«La justice ne nous a pas écoutés» 

Du côté des autorités, on s’est fixé un court délai, quatre jours, pour établir les responsabilités. Dans une interview accordée à la radio française Europe 1, le chef de la diplomatie libanaise, Charbel Wehbé, a déclaré qu’une «décision avait été prise ce matin (jeudi) pour créer un comité d’investigation, qui a quatre jours maximum pour donner un rapport détaillé sur les responsabilités. Comment, qui, quoi, où? Il y aura des décisions judiciaires, c’est grave et on prend ça au sérieux.»

Déjà mercredi, le gouvernement avait réclamé l’assignation à résidence, jusqu’à la fin de l’enquête, de toutes les personnes responsables du stockage au port de Beyrouth des 2750 tonnes de nitrate d’ammonium qui ont provoqué l’explosion. Dans cette affaire, la piste de la négligence est privilégiée par les autorités. Un temps mis en cause, le directeur des douanes libanaises, Badri Daher, a depuis brandi des lettres envoyées à la justice prouvant qu’il avait averti les autorités du danger de conserver une telle quantité de nitrate d’ammonium dans le port. «La justice ne nous a pas écoutés», déplore-t-il dans une interview au quotidien L’Orient-Le Jour. Sept responsables, anciens ou actuels, des douanes et du port (et dont Badri Daher fait partie) se sont vus interdits de quitter le territoire, tandis que leurs comptes bancaires ont été gelés.