Accusé d’agression sexuelle, l’acteur Bill Cosby retrouve la liberté. A peine annoncée, la décision de la Cour suprême de Pennsylvanie, motivée dans un arrêt de 79 pages, a semé une vague d’indignation chez les partisans du mouvement #MeToo et les associations de défense des victimes de violences sexuelles.

«Je connais beaucoup de jeunes femmes et d’hommes qui ont tellement peur de porter plainte contre leur violeur et de revivre leurs traumatismes que j’ai le cœur brisé aujourd’hui en apprenant la nouvelle de la libération de Cosby, c’est écœurant. Mon cœur est avec mes sœurs survivantes. Nous avons du travail à faire», a tweeté l’actrice Rosanna Arquette, qui était présente à New York au procès du producteur hollywoodien Harvey Weinstein.

En avril 2018: Bill Cosby reconnu coupable d’agression sexuelle

D’autres accusations

«Les condamnations et les peines infligées à Bill Cosby sont annulées et il doit être libéré», indique la Cour suprême de Pennsylvanie. L’affaire remonte à 2004. Andrea Constand, 47 ans aujourd’hui, affirme avoir été droguée et sexuellement agressée par le comédien. Bill Cosby a été jugé coupable en avril 2018. Sa condamnation a été la première de l’ère #MeToo. A l’époque des faits, le procureur de Pennsylvanie était Bruce Castor, parachuté depuis comme avocat de Donald Trump lors de son dernier procès en destitution. En 2005, il avait refusé d’ouvrir des poursuites pénales contre le comédien, l'encourageant à témoigner au civil.

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Bill Cosby a finalement été condamné des années plus tard, un nouveau procureur ayant relancé l’affaire. Mais désormais, il retrouve la liberté, à l’âge de 83 ans, après avoir purgé seulement deux ans et demi de prison sur une peine de dix. «Quand un procureur prend une décision publique avec l'intention de peser sur les actions de l'accusé et que celui-ci le fait à son détriment (et parfois sur les conseils de son avocat), lui refuser le bénéfice de cette décision est un affront au principe fondamental d'équité», juge la Cour suprême de Pennsylvanie, dans une décision qui porte sur la forme de l'affaire et non sur le fond. Elle estime en clair qu’un accord avec le précédent procureur aurait dû empêcher Bill Cosby d'être inculpé. L'acteur, pensant être à l'abri d'une inculpation, a témoigné au civil. Or le nouveau procureur aurait utilisé ce témoignage contre lui.

La co-vedette jubile

En août 2020, Bill Cosby avait fait appel. Sa défense soutenait que cinq femmes n’auraient pas dû être autorisées à témoigner à son procès. Car leurs accusations, «vieilles de plusieurs décennies», n’avaient pas de lien direct avec la plainte pour laquelle il était jugé. Or c’est bien ce qui irrite encore plus le mouvement #MeToo dans la décision de mercredi: Bill Cosby n’est pas accusé d’agression sexuelle par une seule femme, mais par une soixantaine. Mais seule l’accusation lancée par Andrea Constand a fait l’objet de poursuites pénales. Des poursuites désormais annulées.

Phylicia Rashad, co-star du «Cosby Show», n'a pas caché son soulagement mercredi. «ENFIN!!! Un terrible tort est réparé – une erreur judiciaire est corrigée!», a-t-elle tweeté. Une réaction à l'opposée de celle de l'actrice Amber Tamblyn, une des fondatrices de Time's Up, groupe de défense des victimes d'agressions sexuelles. Elle a fait exploser sa colère sur le réseau social: «Je suis furieuse d'apprendre cette nouvelle. Je connais personnellement des femmes que cet homme a droguées et violées alors qu'elles étaient inconscientes. Honte à la Cour et à cette décision». En prison, Bill Cosby a toujours refusé de participer à des programmes pour délinquants sexuels.

Une revue de presse en 2014: Accusé de viols, le gentil papa du «Cosby Show» est dans la tourmente