Khaled Drareni est libre. Devenu le symbole du combat pour la liberté de la presse en Algérie, le journaliste est sorti de prison vendredi soir. Il avait été condamné à deux ans de prison en septembre dernier pour «incitation à attroupement non armé» et «atteinte à l'unité nationale».

Obtenue à la faveur d'une grâce présidentielle, sa libération survient à trois jours du deuxième anniversaire du soulèvement populaire du Hirak. Plus de 30 détenus d'opinion en Algérie ont également pu sortir de prison. A en croire le communiqué du ministère de la Justice, des procédures sont encore en cours «pour le reste» sans que le nom des personnes concernées soient précisé.

«Je remercie tous ceux qui m'ont soutenu et qui ont soutenu les détenus d'opinion car votre soutien est essentiel pour nous tous et il est la preuve de notre innocence», a réagi le journaliste après sa libération, dans une vidéo relayée sur Twitter. Il est apparu sur des images des réseaux sociaux porté par une foule de sympathisants.

«Dans le bon sens»

Correspondant en Algérie de la chaîne TV5 Monde et de Reporters sans frontières (RSF), Khaled Drareni avait couvert le mouvement de contestation populaire du Hirak, avant la suspension des manifestations à cause de la pandémie de Covid-19.

Selon l'un de ses avocats, il s'agit d'une mesure de liberté provisoire. Le journaliste est en attente d'une décision de la Cour suprême le 25 février sur son pourvoi en cassation.

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RSF estime que la libération du journaliste algérien va «dans le bon sens» après «des pas en arrière». «La liberté de la presse est une condition pour une transformation positive de l'Algérie», a écrit son secrétaire général Christophe Deloire sur Twitter.

Un président contesté

Parmi les détenus libérés figure également l'opposant Rachid Nekkaz, selon le Comité national de libération des détenus (CNLD). Son entourage avait fait savoir que celui-ci avait commencé une grève de la faim pour protester contre sa détention prolongée, sans jugement.

Dans un discours à la nation jeudi, le président Abdelmadjid Tebboune avait annoncé son intention de gracier une cinquantaine de personnes. Selon le CNLD, avant ces libérations, quelque 70 personnes étaient en prison en lien avec le Hirak ou des actions destinées à préserver les libertés individuelles.

Au lendemain de son élection en décembre 2019, le nouveau chef d'état avait déjà accordé une grâce à 76 détenus, dont des figures du Hirak, ce mouvement qui a forcé l'ex-homme fort Abdelaziz Bouteflika à quitter le pouvoir.

Reprise des manifestations

Suspendues depuis mars dernier, les manifestations ont repris avant la date anniversaire. Mardi, des milliers d'Algériens ont réclamé la chute du régime et la libération des détenus d'opinion, à Kherrata, ville considérée comme le berceau du soulèvement.

Des appels à manifester lundi dans tout le pays circulent sur les réseaux sociaux. Des forces de police et véhicules anti-émeutes étaient déployées en grand nombre vendredi dans le centre d'Alger.

«A part la libération des détenus, Abdelmadjid Tebboune maintient toujours sa feuille de route et son agenda d'aller aux législatives pour achever le Hirak», a déploré Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme.

Le président algérien a promis de dissoudre l'Assemblée nationale et d'organiser des législatives anticipées d'ici la fin de l'année. Un remaniement ministériel devrait également intervenir «dans les 48 heures au maximum», selon lui.

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