Relâchée vendredi exactement un mois après son enlèvement, le 4 février dernier, dans le centre de Bagdad, l'envoyée spéciale du quotidien Il Manifesto Giuliana Sgrena a été blessée quelques heures après sa libération tandis que le chef de l'équipe des services spéciaux italiens en Irak, Nicola Calibari, qui l'accompagnait a été tué. Alors que les militaires transalpins la ramenaient, dans la soirée, vers l'aéroport de la capitale irakienne où l'attendait un avion militaire pour la rapatrier immédiatement à Rome, une patrouille de soldats américains aurait en effet ouvert le feu sur le convoi. Outre l'officier tué, un autre militaire italien a été blessé et Giuliana Sgrena a reçu une balle à l'épaule. Elle a été transportée d'urgence dans un hôpital américain de Bagdad.

Grande confusion

Vendredi soir en Italie, il régnait encore une grande confusion sur la dynamique des événements. C'est en fin d'après-midi que la télévision Al-Jazira a annoncé la libération de Giuliana Sgrena dont on était sans nouvelles publiques depuis le 16 février et la diffusion d'une cassette vidéo dans laquelle, visiblement très éprouvée, elle avait demandé à plusieurs reprises et en larmes le retrait du contingent italien en Irak. Depuis les mystérieux Moudjahidin sans frontières, une organisation jusqu'alors inconnue, ne s'étaient plus manifestés. Mais, en coulisses, le gouvernement a multiplié les négociations jusqu'à la libération de vendredi soir.

Quelques minutes après la diffusion de la nouvelle de la libération par Al-Jazira, le Manifesto, informé par la présidence du Conseil, confirmait la nouvelle de même que le chef de l'Etat Carlo Azeglio Ciampi qui, mercredi encore, avait lancé un appel solennel: «Libérez Giuliana et Florence (ndlr: Aubenas), leur libération serait une bonne chose pour tous et avant tout pour le futur de l'Irak.»

Dans toute l'Italie, qui depuis le 4 février s'était fortement mobilisée pour réclamer la remise en liberté des otages, notamment à travers une gigantesque manifestation, le 19 février, dans les rues de Rome, la nouvelle a provoqué un véritable moment d'euphorie, la classe politique italienne étant unanime pour saluer le dénouement. En signe de fête, le maire de Rome Walter Veltroni a annoncé que le Colisée serait illuminé toute la nuit. Peu avant 20 heures, le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, Margherita Boniver, annonçait publiquement: «Je suis en mesure de confirmer à 100%» que Giuliana Sgrena est libre, ajoutant: «Elle devrait monter à bord d'un avion dans les prochaines heures et être de retour à Rome dans la nuit.» Au même moment, Gabriele Polo, le directeur du Manifesto, était reçu par le président du Conseil Silvio Berlusconi.

Quelques minutes plus tard, l'un des responsables de la rédaction du Manifesto, Francesco Paterno, annonçait: «Giuliana se rendait en voiture à l'aéroport avec trois membres des forces de sécurité italiennes. Les forces américaines ont ouvert le feu sur la voiture. Elle va bien mais il y a des blessés.» Un peu plus tard, on apprenait la mort de Nicola Calibari.

«Cette nouvelle qui aurait dû être un moment de joie a été gâchée par cette fusillade», a déclaré Gabriele Polo ajoutant: «Un agent italien a été tué par une balle américaine. C'est la démonstration tragique que nous aurions souhaité ne jamais voir arriver et que tout ce qui se passe en Irak est complètement absurde et fou.» Quant au compagnon de Giuliana Sgrena, Pier Scolari, il n'a pu retenir son indignation: «Elle a failli être tuée par les Américains.»

Vendredi soir, Silvio Berlusconi a décidé de «convoquer immédiatement l'ambassadeur des Etats-Unis à Rome» pour tenter de faire la lumière sur le tragique incident.