Le Traité de Lisbonne? Guntars Krasts s’embrouille pour en parler. Dans son pays, la Lettonie, le texte à l’origine de la création en Irlande du collectif Libertas, n’est pas l’objet du débat. Lui-même refuse d’ailleurs de rallumer la flamme noniste à Riga, loin de Dublin et du «non» asséné par les électeurs irlandais le 12 juin 2008: «Je suis surtout opposé au modèle de développement suivi par l’Union européenne, explique-t-il. La seule stabilité possible, pour le projet communautaire, est d’avoir le soutien de ses citoyens, de garder toujours le contact avec eux.»

Soit. Mais après? Quelles autres propositions pour Libertas Lettonie, dont le QG, un grand bureau moderne du boulevard Brivibas à Riga, est étonnamment désert en soirée, à une semaine du scrutin? «Je n’ai rencontré Declan Ganley – le fondateur irlandais du mouvement – que deux fois, poursuit Guntars Krasts. Il m’a dit être proeuropéen, pro libre marché, pro citoyen. J’ai répondu que moi aussi. On a topé là…»

Ainsi se profile Libertas, le collectif noniste qui rêve de brouiller, le 7 juin, les cartes politiques au parlement de Strasbourg, avec près de 600 candidats dans 15 pays. Comme Guntars Krast, les députés européens sortants ayant accepté de le suivre étaient pour la plupart membres du groupe de l’Union de l’Europe des Nations, une sorte de bric à brac souverainiste à l’image des thèses défendues par M. Ganley. Après avoir fait fortune dans les télécommunications, notamment aux Etats-Unis grâce à de juteux contrats avec le Pentagone – d’où pas mal de suspicions sur ses financements – ce dernier a en effet, depuis qu’il a contribué en Irlande au rejet par référendum du traité de Lisbonne, réuni sous sa bannière un bon nombre «d’antis».

A plusieurs reprises, l’ancien président polonais Lech Walesa a été l’invité de Libertas. Le collectif s’est aussi positionné au Royaume-Uni, où il espère surfer sur le scandale des notes de frais des parlementaires. En France, les souverainistes Philippe de Villiers et Paul-Marie Couteaux sont montés dans le bateau. Avec la même ligne d’attaque: contre la soi-disant toute puissance de Bruxelles au nom, galvaudé, du «rapprochement de l’Europe avec les peuples». Et toujours contre le Traité de Lisbonne sur lequel les Irlandais devraient revoter à l’automne. Sauf si Libertas, en l’emportant le 7 juin à Dublin, faisait in extremis reculer le gouvernement malgré les garanties données par l’Union européenne.

Car Declan Ganley est habile. Plutôt qu’eurosceptique, l’intéressé s’affirme proeuropéen, favorable à une «UE nouvelle, démocratique et ouverte». Ce qui a permis à l’ancien président polonais – par ailleurs membre du groupe de réflexion sur l’Europe crée sous la présidence française de l’UE – de justifier ses interventions par la nécessité de «débattre».

«C’est le parti self-service des frustrés de l’Europe» s’énerve, à Riga, l’universitaire Veiko Spolitis. Mais pas encore présent partout: en plus de la Belgique, où le parti ne fait pas campagne, Libertas a échoué à trouver des candidats dans deux sortes de pays: ceux où le débat européen est calme, comme au Luxembourg, en Finlande ou en Suède. Et ceux où ses plates-bandes sont déjà bien occupées par une droite populiste ou extrême, comme l’Autriche, l’Italie ou la Hongrie.