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Des employés nettoient la chaussée devant des bâtiments détruits à Laithi, en Libye, le 4 mars 2016.
© ABDULLAH DOMA

Proche-Orient

En Libye, le gouvernement d'«union nationale» proclame sa légitimité

L'absence d'un vote d'investiture du parlement de Tobrouk risque d'aggraver la crise politique

L'étape semble décisive mais sa fragilité juridique risque fort d'approfondir l'impasse libyenne. Alors que monte la pression militaire des Occidentaux sur le géant d'Afrique du Nord, le statut du gouvernement d'union nationale censé autoriser une éventuelle intervention contre les bases de l'organisation Etat islamique (EI) paraît avoir été clarifié.

Samedi passé, le Conseil présidentiel, l'instance dirigeante (neuf membres) de ce gouvernement de «réconciliation» né sous les auspices des Nations unies, s'est autoproclamé légitime. A l'issue d'une réunion à Tunis, il a appelé toutes les institutions libyennes à «prendre contact» avec ce nouveau gouvernement afin de «mettre en place les modalités de passation de pouvoir».

Lire aussi: Gouvernement d’union nationale en Libye (octobre 2015)

En somme, le Conseil présidentiel prend le pouvoir en Libye, même si une telle ambition demeure à ce stade théorique. Le gouvernement d'«union nationale» dirigé par Faïez Sarraj, issu d'un accord politique signé le 17  décembre 2015 à Skhirat (Maroc) avec l'active médiation de l'ONU, n'a toujours pas d'ancrage territorial. Il se réunit entre Tunis et Skhirat. Sur le terrain, la Libye reste de facto dirigée par deux autres gouvernements rivaux.

Un troisième gouvernement de réconciliation

A Al-Baïda (Est) siège un gouvernement adossé à l'Assemblée élue en juin 2014 en vertu d'un scrutin reconnu par la communauté internationale et qui a dû se replier à Tobrouk (Est) après l'éclatement de la guerre civile de l'été 2014. Ce camp de Baïda-Tobrouk est dominé par des libéraux, des nationalistes et des ex-cadres du régime Kadhafi, unis dans un front anti-islamiste. En face se dresse un gouvernement basé à Tripoli autour d'une coalition se réclamant de l'héritage anti-kadhafiste de la «révolution» de 2011. Elle rassemble partisans de l'islam politique et représentants de la ville de Misrata.

Sur le papier, le troisième gouvernement de Faïez Sarraj est censé incarner la réconciliation entre ces deux camps rivaux dont l'affrontement a plongé la Libye dans un chaos mis à profit par l'EI pour établir des bases. Or ce gouvernement issu de l'accord de Skhirat s'est heurté aux «durs» de Tobrouk comme de Tripoli.

Pétition

L'Assemblée de Tobrouk, la seule habilitée à légitimer le gouvernement d'union par un vote d'investiture, a pour l'instant échoué à donner son onction. Les élus hostiles à Faïez Sarraj ont bloqué toute procédure de vote. Toutefois, un document signé le 23  février par une centaine de députés exprimait un soutien à ce gouvernement d'«union nationale». En l'absence d'un vote parlementaire, c'est cette pétition qui est utilisée comme acte de validation de l'équipe de Faïez Sarraj.

La déclaration du Conseil présidentiel du 12  mars s'autoproclamant légitime survient deux jours après une réunion des négociateurs de l'accord de Skhirat. Dans la procédure mise en place par l'accord, ces négociateurs – officiellement baptisés «Dialogue politique libyen» – font figure d'assemblée de sages. Dans un texte diffusé le 10  mars, cette instance a demandé au Conseil présidentiel de «prendre les mesures nécessaires pour commencer rapidement son travail à Tripoli». Elle précise accorder de la «valeur» à la pétition des cent  élus de l'Assemblée de Tobrouk du 23  février mais tout en «appelant» celle-ci à «achever les étapes» requises par la mise en place du gouvernement. La formule, ambiguë, ne précise pas si la pétition parlementaire se substitue à un vote de l'Assemblée.

Ce flou risque de fragiliser la base juridique de la proclamation de légitimité du Conseil présidentiel. Déjà des membres du Dialogue politique contestent l'interprétation qu'a faite le Conseil présidentiel de leur déclaration du 10  mars.

Les Occidentaux, pour leur part, n'ont pas attendu pour exprimer leur soutien au gouvernement de Faïez Sarraj. Réunis à Paris dimanche, les ministres des Affaires étrangères de la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et la haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Federica Mogherini, ont qualifié le gouvernement d'union nationale de «seul gouvernement légitime en Libye».

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