revue de presse

L’icône Malala

Qu’importe finalement que la jeune Pakistanaise n’ait pas remporté le Prix Nobel de la paix aujourd’hui. Son combat pour l’éducation des filles a tant popularisé la question que le bien est déjà fait (avec vidéo)

Ce qui est étrange, ce sont ces journaux qui affichent «interview exclusive» avec elle. Comme Elle, justement. «Sa survie miraculeuse, ses combats et ses espérances: «#Malala se livre en #exclu dans ELLE», lit-on sur Twitter. Car Malala est absolument partout depuis 48 heures, à l’approche de la remise du Prix Nobel de la paix, la plus prestigieuse des récompenses universelles - qu’elle n’a finalement donc pas obtenu - tant pis pour la plus jeune nominée... Sur Twitter, où deux comptes portent son nom (dont un certifié, pour sa fondation), Malala a reçu les hommages de la journaliste de CNN Christiane Amanpour («La plus courageuse fille du monde… Elle mérite le prix»), de Taslima Nasreen, la romancière bengalaise qui la félicite pour son Prix Sakharov des droits de l’homme, qu’elle-même a obtenu («Mais que va-t-on penser de son voile?»), de Mia Farrow…: «Les incroyables réponses de Malala laissent Jon Stewart sans voix (et m’ont fait pleurer)», écrit la comédienne, qui renvoie à un entretien du Daily show qui fait le buzz sur Internet. On y voit le journaliste rester effectivement bouche bée quand il demande à la jeune fille ce qu’elle ferait, confrontée à un taliban de ceux qui ont tenté de la tuer il y a un an: «D’abord, je voudrais lui lancer une chaussure (rires de l’audience). Mais ce serait utiliser de mauvaises méthodes, il faut discuter dans la paix et le dialogue, donc finalement, je préférerais lui expliquer l’importance de l’éducation, pour ses enfants à lui aussi, et ensuite il pourra faire ce qu’il veut.»

Malala partout – la BBC, qui a publié le blog en urdu de la jeune fille (traduction ici en anglais) et l’a ainsi rendue populaire lorsqu’elle avait 11 ans seulement, propose ainsi le film d’un des premiers reporteurs qui a filmé la fillette. La presse indienne reprend l’entretien qu’elle a donné à CNN, dans lequel elle explique pourquoi elle voudrait devenir premier ministre comme Benazir Bhutto, son modèle, pour promouvoir l’éducation des filles. Malala sur toutes les télés américaines – l’adolescente est actuellement en «tournée» à New York pour la promotion de son autobiographie. Son sourire télégénique, sa fraîcheur, son voile corail et son implication font merveille et partout, c’est l’adulation.

Adulation mondiale, car la machine de la communication est puissante, note l’AFP, reprise dans Le Point: «Son message est relayé par l’une des plus grandes entreprises de relations publiques, Edelman, qui compte parmi ses clients les géants Starbucks et Microsoft. La firme représente gracieusement Malala et sa famille depuis novembre 2012.»

Même dans la presse pakistanaise, il est fait écho à la récompense prestigieuse obtenue jeudi à Strasbourg par la jeune fille. Le Pakistan Observer publie une longue dépêche racontant comment la jeune fille a surclassé Edward Snowden au Parlement européen. Dépêche considérée comme une top story sur Karachinewsnet, un pur player, qui en fait l’une de ses nouvelles du jour (top news). Le Daily Times se borne à montrer son livre dans une carterie pakistanaise.

Malal ne rêvait pas du Nobel. «Je n’ai pas accompli tant de choses que ça pour gagner le Prix Nobel de la paix», a déclaré Malala elle-même sur la radio pakistanaise City89 FM.. Les favoris sont rarement les choisis, les journalistes l’ont constaté une nouvelle fois... L’adolescente a pu être desservie par sa jeunesse. «Imposer le poids du Nobel à un enfant pourrait ne pas être éthique», selon Tilman Brück, directeur de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri)», cité par Libération.

Le 11 octobre, c’est la Journée internationale de la fille, remarquait pourtant eopportunément dans La Libre Belgique un responsable de la coopération belge, Dirk Van Maele. «Mais n’est-il pas étrange que nous ayons besoin de Malala pour faire de l’instruction des filles une priorité mondiale? On sait pourtant suffisamment, aujourd’hui, combien l’éducation des filles est bénéfique à l’économie, à la limitation de la croissance démographique, à la santé des mères comme des enfants, etc. Et quand bien même tous ces avantages ne seraient pas démontrés, n’est-il pas simplement normal de donner à toutes les filles, exactement comme aux garçons, une chance de réaliser leur droit à l’éducation?»

Prix Nobel ou pas – dans The Guardian, (qui propose une timeline reprenant les 16 années de vie de la jeune fille) Dhiya Kuriakose, journaliste d’origine indienne précise-t-elle, explique pourquoi selon elle la jeune fille ne devait pas le recevoir. «Le Nobel est plus efficace lorsqu’il récompense le travail de fond d’une personne, d’un groupe qui n’a pas encore été reconnu. Rappelez-vous ce qui est arrivé avec Muhammad Yunus et la banque Grameen en 2006, cette seule récompense a plus fait pour légitimer la microfinance au niveau mondial que quoi que ce soit d’autre». Et encore: «Si Malala gagnait le prix, elle passerait son temps à devoir faire des discours, à recevoir des honneurs. Son histoire n’est pas finie, comment récompenserons-nous son travail demain si nous lui donnons ce prix dès aujourd’hui?»

Enfin dans Time, ce commentaire: «Les talibans, qui voulaient faire taire Malala en la tuant (ils ont d’ailleurs annoncé qu’isl réessaieraient), n’ont finalement fait qu’amplifier sa voix.»

Malala n’a pas eu le Nobel. «She doesn’t need #Nobel. She is nobel, lit-on sur Twitter (jeu de mot avec Noble, les deux mots se prononçant de la même façon en anglais). Pas de Nobel, mais elle reste une authentique ambassadrice de conscience, selon Amnesty.

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