Polémique

L’idiosyncrasie de Joachim Son-Forget

Le député des Français de Suisse et du Liechtenstein a à nouveau créé la polémique sur les réseaux durant les Fêtes en s’en prenant au maquillage d’une sénatrice. Loin de s’excuser, Joachim Son-Forget parle de «méthodes psychotechniques»

Joachim Son-Forget semble apprécier le déferlement de commentaires à son sujet sur les réseaux. Après avoir défendu en septembre le forain Marcel Campion, accusé d’homophobie, après s’en être pris vertement à Donald Trump début décembre, le disant «gâteux» et «incontinent» et lui enjoignant d’«aller se faire foutre» («La France kisses your ass»), le député La République en marche (LREM) des Français de Suisse et du Liechtenstein s’en est cette fois pris à l’apparence de la sénatrice écologiste Esther Benbassa.

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Cette dernière s’était offusquée de propos attribués par Le Monde à Brigitte Macron au sujet de «la violence et la vulgarité des gilets jaunes»: «Ce n’est donc pas violent, la pauvreté? Et elle n’est pas vulgaire, l’arrogance aux dents blanches des riches et des puissants?»

Un raccourci, selon Joachim Son-Forget, qui estime que les propos de la première dame ont été sortis de leur contexte. De quoi lui inspirer une réponse virulente: «Avec le pot de maquillage que vous vous mettez sur la tête, vous incarnez plus que jamais ce que vous tentez maladroitement de caricaturer. Vous le sentez l’amalgame violent maintenant?»

«Arguments sexistes»

Les réactions ont été immédiates. Le tweet du député a généré plus de 600 commentaires, s’opposant en grande majorité à ce «discours haineux», à ces «arguments sexistes». Esther Benbassa a, elle, répondu par un #MeToo. «Il m’insulte sur mon physique & me harcèle: 50 tweets en 97 mn.» En plus de son premier message, Joachim Son-Forget a persisté, en répondant à des dizaines d’utilisateurs critiques par une photo de la sénatrice devant une pancarte indiquant: «Je ne me tairai jamais». L’élue a indiqué à Libération qu’elle ne compte pas porter plainte: «Je ne connais pas ce mec. Mais je crois qu’il est un peu zinzin.»

La polémique ne semble pas ébranler le député de 35 ans, médecin de formation. Au contraire, à l’entendre, ce débat, ainsi que les précédents débordements ont été sciemment provoqués. «Le but est clair et avoué, c’est de toucher certaines cibles, et ça marche à chaque fois», affirme-t-il. Dans le cas présent, «je voulais dénoncer la désinformation organisée, l’ère de la post-vérité», démontrer que «le miroir déformant des réseaux sociaux est manipulable».

Pas une attaque personnelle

L’idée serait donc «de créer des indignations générales de manière intentionnelle, en jouant avec les biais perceptifs». Joachim Son-Forget établit un lien entre les buzz dont il est l’auteur: «Je voulais passer des messages: contre l’extrême droite internationale dans le cas de Trump, contre le lynchage public au lieu de la loi et de la présomption d’innocence dans le cas de Campion, et cette fois contre les fake news

Quant à l’attaque sur l’apparence physique de la sénatrice écologiste, il s’en défend: «La question à la fin de mon message montre bien que ce ne sont pas des propos que je défends à titre personnel mais que je veux mettre Madame Benbassa face à «un amalgame violent», comme elle en a utilisé un à propos de Brigitte Macron.» Et d’ajouter, «je lui ai tendu un miroir».

Au nom du buzz

Même numéro de funambule sur l’envoi répété de la photo d’Esther Benbassa, «il fallait lire la pancarte, c’est de l’ironie», ou du choix d’attaquer le maquillage – «contrairement au physique, il relève du libre arbitre, l’accoutrement de quelqu’un est attaquable comme ses idées politiques». Lorsqu’on le questionne sur l’ambiguïté du propos, il explique qu’«il faut un point d’appel pour que le buzz démarre». Et que «le contenu volontairement émotionnel ouvre des interstices de débat».

La démonstration ne semble cependant pas avoir été comprise, même au sein de sa propre famille politique. Gilles Le Gendre, le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale – poste auquel Joachim Son-Forget a été le candidat malheureux –, ainsi que plusieurs de ses collègues ont réagi sur Twitter à «ses propos inadmissibles» pour «se désolidariser». Selon Gilles Le Gendre, «aucune controverse politique ne justifie de verser dans le sexisme et la vulgarité». Une déclaration qui laisse l’intéressé de marbre: «Que mes collègues ne me comprennent pas ne me fait ni chaud ni froid.»

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