Primaires américaines

Les liens compromettants d’Hillary Clinton à Wall Street

Depuis 2013, la candidate démocrate a touché 4,1 millions de dollars des banques pour y tenir des discours. Cette manne sape sa crédibilité auprès d’un électorat qui lui préfère le discours anti-establishment de Bernie Sanders. Malgré cela, elle devrait largement remporter la primaire de New York ce mardi

Il ne fait pas bon être proche de Wall Street dans la présente campagne électorale pour la Maison-Blanche. Les deux cibles de prédilection de l’électorat américain en colère sont Washington, ses lobbies et son clientélisme d’un côté et les institutions financières de l’autre. Les mécontents dénoncent l’importance de l’argent dans le système politique outre-Atlantique que même la Cour suprême a accentuée par son arrêt Citizens United en 2010. Dans un mouvement de révolte contre l’establishment de tout poil, les liens qu’entretient Hillary Clinton avec Wall Street mettent la candidate démocrate en porte-à-faux avec la frange progressiste du Parti démocrate enthousiasmé par Bernie Sanders, son rival dans la course à l’investiture ainsi qu’avec ceux qui se battent encore dans les difficultés économiques depuis la crise de 2009-2010.

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Si l’ex-secrétaire d’État devrait remporter largement la primaire de l’État de New York de ce mardi, les sondages lui donnant au moins dix points d’avance sur son rival, la relation ambiguë qu’elle entretient avec le monde de la finance pourrait lui compliquer la tâche si c’est elle qui affrontera un candidat républicain lors de l’élection présidentielle du 8 novembre. Elle aura tout d’abord du mal à convaincre l’électorat de Bernie Sanders de se rallier à sa cause. Les Milléniaux (génération Y) ont déjà manifesté leur ras-le-bol en automne 2011 par rapport aux dérives de la planète finance en lançant le mouvement Occupy Wall Street. Ils estiment toujours que les banques agissent dans le sens contraire de l’idée qu’ils se font de la démocratie. Hillary Clinton aura aussi du mal à convaincre l’électorat blanc peu éduqué, frappé par la crise et la globalisation et attiré par la rhétorique de Donald Trump.

Lors du dernier débat télévisé jeudi dernier, le sénateur du Vermont a questionné l’indépendance de sa rivale face à Wall Street, sachant qu’elle a été grassement payée par différentes institutions financières pour y tenir des discours. Il exige de son adversaire qu’elle publie les retranscriptions de ses interventions. Depuis son départ du Département d’État au début 2013 jusqu’au début de sa campagne présidentielle, Hillary Clinton a touché 4,1 millions de dollars pour des allocutions tenues lors d’événements organisés par des établissements de Wall Street et 21,7 millions au total pour tous ses discours auprès d’universités et d’associations économiques. Si Goldman Sachs a été la plus généreuse (675 000 dollars pour trois allocutions), d’autres banques ont aussi délié les cordons de la bourse pour l’inviter, dont Deutsche Bank, Morgan Stanley, Bank of America et UBS.

La favorite refuse de publier la retranscription de ses discours

Le camp de Bernie Sanders dénonce cet apport de «Big Money» et l’influence de l’oligarchie américaine. Il ne refuse pas les dons en tant que tel pour autant qu’ils s’inscrivent dans le cadre d’un mouvement citoyen. L’équipe de campagne du sénateur «socialiste démocrate» se vante d’avoir obtenu des contributions de 27 dollars en moyenne de la part de 7 millions de citoyens.

Pour l’heure, Hillary Clinton se refuse à publier la retranscription de ses discours, estimant que si elle s’exécute, les républicains devraient en faire de même. Ce refus pourrait renforcer son manque de popularité auprès d’une frange de l’électorat. Il laisse croire qu’elle a tenu des propos compromettants, la plaçant trop proche des barons de Wall Street. Des fuites laissent entendre qu’elle n’a pas vraiment critiqué les banques pour leur rôle dans la dernière crise financière. Contrairement à Bernie Sanders, Hillary Clinton n’entend pas restaurer le Glass-Steagall Act, une loi des années 1930 imposant aux banques de séparer leurs activités commerciales de celles d’investissements. D’autres témoignages relèvent cependant qu’elle a martelé son soutien à la loi de régulation de la finance Dodd-Frank, pourtant détestée par Wall Street.

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Hillary Clinton se défend d’être un mouton noir chez les démocrates. Barack Obama s’est fait réélire grâce à l’argent de Wall Street. Sans argent, entend-on, aucun candidat ne pourrait mener une campagne électorale de longue haleine, même pas Bernie Sanders. Illustrant l’ambiguïté du débat sur l’argent en politique, l’acteur George Clooney jugeait «indécents» il y a quelques jours les sommes versées dans l’actuelle campagne électorale. Or il venait d’organiser une collecte de fonds en faveur de sa candidate Hillary Clinton chez lui en Californie avec des grands noms d’Hollywood, précisant que pour couper court à l’influence de l’argent, il fallait auparavant que les démocrates s’emparent du Sénat…

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