En attente du verdict du procès pour corruption à Milan, où il risque une condamnation à 8 ans de réclusion, Silvio Berlusconi a également, depuis lundi, un œil sur le Tribunal de Palerme. Les juges siciliens sont en effet entrés en délibération dans le cadre du procès pour collusion avec la mafia intenté à Marcello Dell'Utri, l'un de ses plus proches collaborateurs. Ancien responsable de Publitalia, la régie publicitaire de son groupe de communication, inspirateur en 1993 de Forza Italia, son parti politique, cet homme d'affaires palermitain est soupçonné d'avoir été une sorte d'ambassadeur de Cosa Nostra auprès des industriels milanais. Le Parquet a réclamé 11 ans de prison contre lui et 9 ans contre Gaetano Cinà, un «homme d'honneur» du clan Malaspina.

Actuellement parlementaire de Forza Italia, Marcello Dell'Utri aurait, selon l'accusation, «passé toute sa vie aux côtés de Cosa Nostra». C'est notamment lui qui aurait été «l'artisan de l'engagement de Vittorio Mangano dans la villa de Berlusconi». Aujourd'hui décédé, ce boss palermitain avait été embauché dans les années 70 comme garçon d'écurie dans la demeure lombarde du «Cavaliere» à Arcore avant d'être par la suite condamné à perpétuité pour homicide et association mafieuse. Ce recrutement aurait constitué, selon le procureur Antonio Ingroia, «un énorme renforcement de Cosa Nostra» plaçant Mangano dans l'entourage de l'entreprenant Berlusconi.

Sulfureuses relations

C'est encore Marcello Dell'Utri qui, à peu près à la même période, aurait permis la rencontre entre ce dernier et le chef de la mafia de l'époque Stefano Bontade. Selon l'accusation, dans les années 80 et 90, les sulfureuses relations de Marcello Dell'Utri avec la Pieuvre se seraient poursuivies avec les nouveaux patrons de Cosa Nostra, Nitto Santapaola et Toto Riina. Pire, l'homme d'affaires aurait négocié avec la mafia pour obtenir son soutien en Sicile après l'entrée en politique de Silvio Berlusconi. Sur la base d'écoutes téléphoniques, les procureurs siciliens soutiennent ainsi que Marcello Dell'Utri entretenait des «rapports étroits avec les boss» au moment des élections européennes de 1999 et des législatives de 2001. «Malgré le procès, ses rapports avec la mafia perdurent», a ajouté Antonio Ingroia, en juin dernier.

«Le portrait que le Parquet de Palerme a fait de moi ne m'appartient pas», a répliqué l'accusé, dont l'érudition, la bibliophilie et la courtoisie sont reconnues de tous «Il s'agit d'un autre Marcello Dell'Utri. Un Dell'Utri que je ne connais pas. Dans ce dossier, ce n'est pas moi [que l'on juge], c'est mon contraire.» Ses avocats récusent les déclarations de la soixantaine de mafieux repentis qui constituent l'un des éléments à charge retenus contre lui. Selon la défense, ces anciens parrains auraient témoigné contre Marcello Dell'Utri pour obtenir en échange des remises de peine ou des avantages matériels.

De fait, les dépositions des collaborateurs de justice sont parfois contradictoires ou défaillantes. Mais, pour le Parquet, d'autres preuves (notamment des écoutes téléphoniques) permettraient d'identifier «57 faits spécifiques» démontrant la collusion entre Marcello Dell'Utri et la mafia. D'abord soupçonné d'être complice avec son proche collaborateur, Silvio Berlusconi n'a été finalement convoqué par les juges qu'en tant que témoin. Selon le Parquet, il aurait même été victime des agissements de Marcello Dell'Utri. Reste qu'une éventuelle condamnation, d'ici à quelques jours, de l'ancien patron de Publitalia jetterait une ombre inquiétante sur l'actuel chef du gouvernement italien.