Allemagne

Les liens troubles de l’automobile et des politiques

VW a corrigé le texte d’un discours que devait prononcer le chef du Land de Basse-Saxe devant le parlement régional. Ce nouvel épisode du scandale VW relance la polémique autour de l’influence des constructeurs sur la vie politique allemande

VW a fait corriger en amont le texte d’un discours sur l’automobile que devait prononcer le chef du Land de Basse-Saxe devant le parlement régional. L’affaire fait grand bruit en Allemagne, alors que le scandale des moteurs diesel truqués ne cesse de prendre de l’ampleur.

En cause cette fois, la «loi Volkswagen», un texte de 1960 qui régit les liens entre le constructeur et le Land de Basse-Saxe. Le texte accorde au gouvernement régional deux sièges au sein du conseil de surveillance du constructeur, un organe stratégique. Depuis le week-end dernier, Stephan Weil, le ministre-président social-démocrate de la région et membre du conseil de VW, est sous le feu des critiques.

Le quotidien Bild Zeitung l’accuse d’avoir réécrit – à la demande du constructeur – le texte d’un discours qu’il devait prononcer au parlement régional en octobre 2015, un mois après l’éclatement du scandale des moteurs diesel truqués. Des passages ont été supprimés, notamment une phrase dans laquelle il demandait que les dirigeants du groupe soient tenus pour comptables du scandale, «quelle que soit leur place dans la hiérarchie»…

Un pouvoir politique tenu en laisse

Petit retour en arrière. VW, entreprise publique fondée par les nazis, est privatisée en 1960. Le Land conserve toutefois 20% du capital et choisit deux des membres du conseil de surveillance. Vu l’importance du groupe pour la région – cinq sites de production et 100 000 salariés – ce sont traditionnellement le ministre-président et le ministre de l’Economie du Land qui siègent sur le banc des actionnaires, deux postes des plus inconfortables depuis qu’a éclaté le scandale des moteurs truqués.

«Le Land doit être capable de traiter avec le constructeur sur un pied d’égalité», plaide aujourd’hui le chef de l’opposition régionale, Bernd Althusmann (CDU), qui affrontera Stephan Weil aux élections régionales du 15 octobre.

Mais la polémique va au-delà du cas Volkswagen. L’opposition comme les associations de défense de l’environnement dénoncent en effet depuis des semaines un pouvoir politique tenu en laisse par les constructeurs.

Liens entre monde politique et industrie

Le quotidien Bild dénombre ainsi six responsables politiques ayant ou ayant eu des liens étroits avec un constructeur automobile. Comme Sigmar Gabriel, qui fut ministre-président social-démocrate de Basse-Saxe (et à ce titre membre du conseil de surveillance de VW) avant de devenir le ministre de l’Economie d’Angela Merkel.

Pour le président des Verts, Cem Özdemir, ces liens entre le monde politique et l’industrie «nuisent à l’image de l’Allemagne dans le monde» et représentent «une menace pour les fondements de notre économie de marché». L’hebdomadaire Der Spiegel estime pour sa part que les liens étroits entretenus par le monde politique avec l’industrie automobile allemande expliquent en partie les retards pris par les constructeurs sur les technologies d’avenir comme l’électromobilité.

«Sommet du diesel»

Grâce aux soutiens politiques dont ils disposent, les constructeurs viennent ainsi de sauver une technologie contestée, le diesel. Les constructeurs allemands, soupçonnés d’avoir manipulé en masse leurs moteurs diesel pour contourner les lois antipollution, sont ainsi sortis confortés d’un «sommet du diesel» organisé début août par le gouvernement.

Ce sommet, qui menaçait de se transformer en procès du diesel, s’est soldé par la promesse des constructeurs de moderniser les logiciels de filtrage de leurs véhicules. La mesure, peu douloureuse, acte le sauvetage du diesel. Le communiqué final de la réunion annonçait en effet qu’«une technologie diesel moderne et propre peut contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique». Les associations de défense des consommateurs militent pour une interdiction totale des moteurs diesel.

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