A 46 ans, le nouveau premier ministre belge Guy Verhofstadt, président du Parti libéral flamand (VLD), réalise un rêve vieux de quinze ans. En vérité, pour celui qu'on appelait dans les années 80 le «wonder boy» en référence à l'école de Chicago, il s'agit d'une chimère à plusieurs entrées: rejeter le CVP – le tout-puissant Parti social-chrétien flamand – dans l'opposition, c'est chose faite; faire du VLD le premier parti de Flandre, et de Belgique, objectif atteint depuis les élections du 13 juin; enfin, devenir premier ministre du petit royaume, c'est gagné depuis le week-end dernier. Lundi, Guy Verhofstadt a prêté serment devant le roi avec son équipe ministérielle «arc-en-ciel».

On devine que le grand Guy, silhouette dégingandée et chevelure blonde en bataille, a dû se dominer pour ne pas clamer son triomphe. Les caricaturistes de la presse le dépeignent sous l'apparence d'un lièvre – rapport à deux dents antérieures immanquables, mais aussi à sa trajectoire fulgurante malgré quelques couacs au début des années 90. C'est que l'admirateur de Thatcher et de Reagan a changé. Il a appris à se méfier de ses emportements. Là où Dehaene balayait les objections avec un grognement agacé et un haussement d'épaules, Verhofstadt a toujours exaspéré ses interlocuteurs en prétendant leur faire la leçon. Leur montrer que lui et lui seul avait raison. En 1991, pourtant, l'histoire lui donne tort. Nommé formateur, et pressenti pour être premier ministre, il tente une première fois de concrétiser son rêve. C'est l'échec. L'ancien ministre du Budget a négligé la résistance des sociaux-chrétiens et la peur des socialistes. Mais là où un parti politique aurait changé de président, c'est Verhofstadt qui… change son parti. L'antique Parti pour la liberté et le progrès devient le VLD (flamand, libéral et démocrate). Son patron tente une nouvelle fois la percée en 1995. Nouvel échec.

«Moins arrogant»

Il a donc fallu s'assagir, rénover le parti, et faire évoluer les idées du thatchérisme pur et dur au libéralisme social à la Chirac. «J'ai changé, je suis moins arrogant», avoue Verhofstadt. Au cours de la campagne, l'homme a évité les assauts trop agressifs, préférant voir ses adversaires se décomposer d'eux-mêmes. Aujourd'hui, il récolte les fruits de sa maîtrise. Discret sur les questions linguistiques, il n'est plus un épouvantail pour les francophones. Pour les Belges, Verhofstadt, c'est le changement…