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La ligne de front dans le Donbass s’embrase

De violents combats opposent depuis le début de la semaine forces ukrainiennes et séparatistes pro-russes, notamment autour de la ville portuaire de Marioupol. Ces affrontements meurtriers laissent craindre un nouvel engrenage militaire

La ligne de front dans le Donbass s’embrase de nouveau

Ukraine Des affrontements meurtriers depuis lundi laissent craindre un nouvel engrenage militaire

De violents combats se déroulent depuis quatre jours à plusieurs endroits de la ligne de front du Donbass, notamment près de la ville portuaire de Marioupol, sur la mer d’Azov. Les plus féroces depuis la signature des accords de Minsk en février dernier, ils surviennent alors qu’à Kiev on commémore le premier anniversaire de la bataille d’Ilovaïsk, il y a un an, durant laquelle 366 combattants périrent en une seule journée, suite à l’intervention des forces armées russes.

Entre mercredi et jeudi, deux soldats ukrainiens ont ainsi été tués, dix militaires et cinq civils blessés, selon l’état-major de l’Opération antiterroriste (ATO) à Kiev. Aucun bilan précis n’émerge du côté des forces armées pro-russes, mais les autorités de la République populaire de Donetsk indiquent qu’une femme a péri à Donetsk lors d’échanges d’artillerie.

L’épicentre des combats se situe à Starohnativka, petite bourgade à mi-chemin entre Donetsk et Marioupol, à 20 km à l’est de la route H20 qui relie les deux métropoles. Les forces ukrainiennes contrôlent Starohnativka et les milices séparatistes tiennent le village voisin de Novolaspa. Lundi, à 3h25 du matin, des tirs à l’arme lourde se sont abattus sur Starohnativka, déclenchant une réponse massive de l’armée ukrainienne.

Missiles multiples Grad

«L’attaque des séparatistes a impliqué plus de 400 militants armés, appuyés par des tanks, des mortiers et de l’artillerie», indique Vladislav Seleznev, un des porte-parole des forces ukrainiennes. Une configuration qui rappelle le coup de semonce de la bataille de Mariinka, le 3 juin dernier, lorsque les séparatistes avaient tenté de reprendre ce nœud routier dans la banlieue sud-ouest de Donetsk.

Les combats de lundi auraient fait sept morts dans les rangs des forces ukrainiennes: quatre soldats de la 72e Brigade, et trois paramilitaires du groupe nationaliste radical Pravy Sektor. Durant la contre-attaque, les forces ukrainiennes ont, pour la première fois depuis longtemps, repris du terrain, notamment des collines stratégiques, ainsi que le village de Novolaspa, aux mains des séparatistes depuis l’an dernier.

«Après la capture du village, le commandement a décidé, pour éviter des malentendus, de revenir aux positions convenues à Minsk», explique Serhiy Misura, un soldat de la 72e Brigade, engagé sur place. «Notre artillerie a été affectée, mais nous sommes en mesure de répondre aux provocations ennemies, a-t-il déclaré mercredi au Temps. Cependant, tout change rapidement et, depuis ce matin, la tension est montée d’un cran.»

Selon plusieurs témoins, des missiles multiples Grad ainsi que des missiles Ouragan, très dévastateurs, ont été utilisés par les pro-russes dans la zone. Le commandement de l’état-major ukrainien a également implicitement autorisé l’usage d’armes lourdes, prohibées par les accords de Minsk, en cas de menace ennemie. «On observe l’utilisation par les deux camps d’armes lourdes, incluant des calibres de 122 et 152 mm», a confirmé hier Alexander Hug, chef de la mission en Ukraine de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

La concentration des combats près de Starohnativka pourrait laisser entendre que les séparatistes pro-russes cherchent à contourner plus encore par le nord l’agglomération de Marioupol, coupant l’axe majeur H20, alors que lundi des missiles Grad se sont abattus aux confins de la grande ville sidérurgique, faisant deux morts.

Situation «alarmante»

Mais le feu couve ailleurs sur le front. Mercredi soir, des volées de Grad partaient de l’intérieur de la ville de Donetsk vers les positions ennemies, notamment vers Pisky, au nord-ouest, et vers Avdiivka, où deux maisons et deux appartements ont été détruits. Commentant les derniers développements sur le front, Ivica Dacic, le président en exercice de l’OSCE, juge la situation «alarmante».

La semaine passée, le chef de la République populaire de Donetsk, Alexandre Zakharchenko, avait estimé probable une «nouvelle spirale de violence». Mardi et mercredi, un autre responsable séparatiste, Denis Pouchiline, a fait porter à Kiev la rupture des accords de Minsk, ajoutant que la seule réponse à cette situation serait «la guerre». Hier, à Moscou, Igor Guirkine, alias Strelkov, le commandant russe des forces armées de Donetsk l’an passé, embrayait sur Twitter: «L’Ukraine va tomber! Les batailles commencent!»

A ce stade, aucun élément objectif ne permet de constater l’implication directe de soldats russes dans les opérations autour de Starohnativka. Néanmoins, cette semaine, la chaîne Euronews a publié le témoignage de Vladimir Starkov, un officier de l’armée russe arrêté le 25 juillet par les forces ukrainiennes à bord d’un camion de munitions destinées aux séparatistes, après s’être égaré. Dans cet entretien, l’officier indique que 2000 soldats réguliers russes sont déployés dans le Donbass.

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