L’appel du président ukrainien Volodymyr Zelensky n’a pas fait basculer l’Alliance atlantique en mode offensif. «Ne nous dites plus jamais, s’il vous plaît, que notre armée ne répond pas aux normes de l’OTAN. Nous avons montré ce dont nos normes sont capables. Et combien nous pouvons donner à la sécurité commune en Europe et dans le monde» avait asséné, au début du sommet extraordinaire de l’OTAN jeudi à Bruxelles, ce chef de l’Etat assiégé dans sa capitale par les troupes russes. La réponse? Une poursuite «sans restrictions» des livraisons d’armes à l’armée ukrainienne, sur lesquelles aucune information concrète n’a filtré, sauf la divulgation par le Royaume-Uni de l’envoi prochain de 6000 missiles antichars, et la confirmation par la France que «l’envoi d’avions ou de chars reste exclu».

Pas de «ligne rouge» non plus, c’est à dire d’avertissement solennel adressé à la Russie de Vladimir Poutine au cas où son armée utiliserait en Ukraine des armes chimiques, bactériologiques ou, pire, nucléaires. Le président américain Joe Biden, comme le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg (dont le mandat a été prolongé d’un an jusqu’en septembre 2023) ou le chef de l’Etat français, ont tous assuré qu’un tel geste ne resterait pas impuni et que l’OTAN avait les moyens de riposter. Sans pour autant fixer le seuil de l’intolérable. Attendu à Varsovie ce vendredi, le locataire de la Maison Blanche devra à nouveau s’expliquer: ««L’ambiguité stratégique et la discrétion sont plus efficaces. Je n’expliciterai pas de ligne rouge», a pour sa part justifié Emmanuel Macron.

Les 30 pays membres de l’OTAN – cette coalition militaire la plus puissante du monde qui associe la plupart des pays européens, les Etats-Unis et la Turquie – se tiennent en fait à la doctrine de l’Alliance fondée en 1949 pour faire face au Pacte de Varsovie soviétique: défendre les démocraties occidentales par l’étalage d’un maximum de force. Quatre nouveaux «groupements tactiques multinationaux» seront bientôt constituées et déployées dans les pays frontaliers de l’Ukraine: Roumanie, Bulgarie, Hongrie et Slovaquie. Plus significatif: le commandement en chef de l’Otan a activé tous les dispositifs d’alerte et de sécurité chimique, bactériologique et nucléaire. Une mesure qui, selon les observateurs, s’accompagnent d’un renforcement important des capacités de renseignement en Ukraine. Ce qui confirme, sans que cela soit jamais évoqué publiquement, le déploiement probable à l’intérieur du pays decommandos de forces spéciales ou de reconnaissance alliées.

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La décision la plus importante de ce sommet est toutefois l’annonce par les Etats-Unis de l’envoi de nouveaux renforts sur ce Vieux Continent d’où Washington voulait se retirer ces dernières années. Après avoir confirmé l’envoi d’un milliard de dollars supplémentaire d’aide à l’Ukraine, Joe Biden a confirmé que plusieurs milliers de soldats supplémentaires rejoindraient bientôt des bases en Pologne et en Roumanie, en plus des moyens aériens de l’US Air Force. L’OTAN et les Etats-Unis n’ont toutefois pas répondu favorablement aux appels de l’Ukraine leur demandant d’instaurer une zone d’exclusion aérienne au-dessus du pays. Pas question de s’embarquer non plus vers des frappes aériennes comme celles opérées au Kosovo en mars 1999. «Notre ligne rouge, c’est de ne pas être-co bélligérant» a plusieurs fois répété Emmanuel Macron. Et ce, malgré l’instauration d’un blocus économique que le Kremlin assimile à une opération de guerre.