Italie

La Ligue et le Mouvement 5 étoiles sont déjà en campagne

Après avoir vu leur gouvernement rejeté, la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, qui ont remporté les élections de mars, crient au diktat de Bruxelles et Berlin ou appellent à la destitution du chef de l’Etat

«Si nous ne pouvons pas choisir un ministre qui ne plaît pas à Berlin, cela veut dire qu’il s’agit du bon ministre», lâche Matteo Salvini sous les applaudissements. Le secrétaire de la Ligue harangue ses partisans alors même que son candidat premier ministre, Giuseppe Conte, s’entretient encore avec le président de la République, dimanche soir. La nouvelle campagne électorale débute avant même que l’échec de la formation d’un gouvernement composé par le parti d’extrême droite et le Mouvement 5 étoiles (M5S) ne soit acté.

Lire notre éditorial: Le risque de l’effet boomerang

La naissance d’un exécutif attendu depuis 84 jours a buté sur Paolo Savona, le choix des deux formations au poste de ministre de l’Economie, rejeté par Sergio Mattarella. Le chef de l’Etat a préféré confier lundi à Carlo Cottarelli, ancien cadre du FMI, la tâche de former un gouvernement. L’ancien commissaire chargé de réviser les dépenses publiques par le gouvernement Letta accompagnera le pays vers des élections anticipées, au plus tôt en septembre prochain.

Lire aussi notre article:  La crise italienne ne devrait pas s'étendre à la zone euro, mais rester nationale

Paolo Savona était perçu par le président de la République comme un homme «soutenant une ligne pouvant provoquer probablement, voire même inévitablement, la sortie de l’Italie de l’euro», a expliqué dans le langage institutionnel qui lui est propre le chef de l’Etat. L’économiste de 82 ans et ministre du gouvernement Ciampi au milieu des années 1990 a répondu durement. «Je n’aurais jamais remis en question l’euro, mais aurais demandé à l’Union européenne de donner une réponse aux exigences de changement arrivant de l’intérieur de tous les pays membres», a-t-il écrit.

«Tu peux être ministre si tu es condamné»

Comme Matteo Salvini, Luigi Di Maio, le chef politique du M5S, n’a pas supporté l’affront. Il a appelé lundi ses militants à la mobilisation, ouvrant de fait lui aussi la campagne électorale, après un discours dimanche soirs aux airs déjà de meeting. «En Italie, tu peux être ministre si tu es condamné, accusé d’association mafieuse, de corruption, si tu te rends chez les prostituées, mais gare à toi si tu as osé critiquer l’Europe!» a-t-il ensuite lancé furieusement dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux.

Lire également: Face à l’euro, l’Italie le dos au mur

Luigi Di Maio a aussi martelé avoir répété «durant toute la campagne électorale» et avoir «écrit noir sur blanc dans le contrat» de gouvernement signé avec la Ligue que le M5S ne voulait pas sortir de l’euro. Beppe Grillo, cofondateur du mouvement, qui a relancé début mai l’idée d’un référendum sur la monnaie unique, remet en question cette position. Tout comme l’obstination de Matteo Salvini à avoir Paolo Savano au Ministère de l’économie quand Sergio Mattarella était prêt à accepter son bras droit à ce poste clé, permettant ainsi la naissance d’un gouvernement. Le président de la République, accusé de «haute trahison» et menacé d’impeachment par le M5S, a forcé les deux gagnants du scrutin du 4 mars à dévoiler leur jeu.

Publicité