Après avoir essuyé le camouflet du boycott touristique de Gerhard Schröder, Silvio Berlusconi est bousculé par les menaces de défection de la Ligue du Nord. Président de l'Union européenne pour un semestre depuis le 1er juillet, le numéro un italien a à peine encaissé, mercredi, le désistement du chancelier allemand, indigné entre autres par les propos germanophobes du sous-secrétaire d'Etat au Tourisme – membre de la Ligue – Stefano Stefani, qu'il doit affronter la mauvaise humeur de ses alliés, au point de faire planer le spectre d'une crise de gouvernement.

«Si l'on ne trouve pas une nouvelle entente (entre les différentes composantes de la majorité) d'ici à lundi, nous nous en irons», ont clairement averti les responsables de la Ligue du Nord. «J'espère qu'il n'y aura pas de crise formelle, mais Berlusconi doit prendre les problèmes à bras le corps», renchérissait jeudi matin le secrétaire des centristes de l'UDC, Marco Follini. De son côté, le leader de la Ligue, numéro trois du gouvernement et principal fauteur de troubles, Umberto Bossi, a insisté, deux ans après la victoire aux législatives du printemps 2001: «Les points fondamentaux du pacte électoral n'ont pas été respectés.» Et d'ajouter, dans son langage très direct: «Fini (le vice-premier ministre, Alliance nationale) et les autres ont trahi.»

Comme en 1994, lorsque la Ligue avait contraint Silvio Berlusconi à la démission après seulement sept mois de pouvoir, Umberto Bossi et les siens reprochent en particulier au gouvernement de vouloir retoucher le système des retraites. Mais en réalité, tous les sujets fournissent désormais l'occasion pour les bataillons de Bossi de semer le trouble dans la majorité et de menacer de faire imploser la Maison des libertés, nom de la coalition gouvernementale. Les léguistes crient haro sur la décentralisation ou sur l'amnistie partielle pour les détenus. «Basta avec les mesures en faveur des corrompus», a lancé hier le chef du groupe parlementaire de la Ligue, Alessandro Cé.

Alors que la conjoncture économique est mauvaise et que la droite a subi un net revers au cours des dernières élections administratives partielles en juin, la Maison des libertés ne parvient pas à retrouver un semblant de sérénité. Les léguistes ne cessent de hausser le ton, Umberto Bossi souhaitant par exemple «repousser à coups de canon» les immigrés clandestins malgré l'indignation des modérés de la majorité. Au sein d'Alliance nationale aussi, les critiques se multiplient. Le vice-président du Conseil, Gianfranco Fini, a été le premier à revendiquer une «mise au point» dans la coalition dès l'issue du premier tour des élections administratives, souhaitant entre autres une réorientation de la politique économique. Résultat: la gauche a beau jeu de dénoncer une «majorité en morceaux» et réclame des élections anticipées.

Silvio Berlusconi a tenté, lui, de minimiser l'ampleur de la crise. «J'ai laissé les gamins se défouler», a-t-il ironisé en prenant connaissance des dernières prises de position de ses alliés avant d'indiquer: «Alliance nationale, la Ligue, les centristes vont-ils ouvrir une crise? Pour aller où? Sans moi, ils risquent le suicide», a-t-il poursuivi. Le chef du gouvernement compte notamment sur la faiblesse électorale de la Ligue (3,9% des suffrages en 2001) et son poids relatif au parlement pour ramener Umberto Bossi à la raison.