La Ligue du Nord s’impose à droite

Italie Le centre gauche de Matteo Renzi a remporté cinq régions sur les sept appelées aux urnes dimanche

La Lega de Matteo Salvini tire son épingle du jeu

La Toscane, l’Ombrie, les Marches et les Pouilles restent acquises au centre gauche du président du Conseil, Matteo Renzi. Ses candidats à la présidence des régions dépassent tous les 40% des voix, flirtant même avec les 50% dans la Toscane natale du chef du gouvernement. Son Parti démocrate (PD, centre gauche) ravit aussi la Campanie au centre droit de Silvio Berlusconi, mais perd la Ligurie au profit du poulain du Caïman. La Ligue du Nord garde la Vénétie. Dix-neuf millions d’Italiens étaient appelés à voter dans sept régions à l’occasion d’élections partielles dimanche.

Le premier ministre s’est emporté lundi contre la gauche de sa formation. Si le PD a dominé les élections dans cinq régions sur sept, il en a vu une sixième lui échapper. Suite à des primaires controversées, les démocrates se sont divisés et ont présenté deux candidats en Ligurie. Celle de Matteo Renzi, Raffaela Paita, a obtenu près de 28% des voix quand le dissident, Luca Pastorino, en recueillait plus de 9%.

Giovanni Toti, de Forza Italia, est ainsi devenu le nouveau gouverneur de la Ligurie. Mais le poulain de Silvio Berlusconi n’aurait pas atteint la moitié des 34% de voix conquises sans l’appui de la Ligue du Nord et son apport de 20% de bulletins de vote. Qualifiant ce score de «miraculeux», Matteo Salvini, le secrétaire fédéral du parti d’extrême droite, savait que cette victoire le propulserait au sommet de la droite italienne.

Son candidat en Vénétie, et gouverneur sortant, a été l’homme le plus plébiscité des scrutins. Luca Zaia a raflé plus d’une voix sur deux. En Toscane, la Ligue du Nord est même devenue le deuxième parti politique, soit la première force d’opposition au PD. La «Lega Nord» a donc confirmé son ancrage dans les régions septentrionales de l’Italie. Son score majeur en Vénétie balaie tout problème de dissidence. Flavio Tosi, le très apprécié maire de Vérone et secrétaire régional de la Ligue du Nord, n’a obtenu que 12% des voix.

Le chef du «Carroccio», surnom donné au parti provenant d’un chariot typique du nord de l’Italie, s’est imposé comme le leader d’une droite italienne divisée. «Nous sommes la vraie alternative à Matteo Renzi, s’est réjoui lundi Matteo Salvini, de surcroît ironique. Silvio Berlusconi sait lire les chiffres.» Le parti fondé par Umberto Bossi dépasse en effet largement celui du Caïman, avec des scores deux à trois fois plus élevés.

Ces résultats inespérés résultent de la nouvelle politique de nationalisation du parti indépendantiste. Lorsqu’il en a pris les rênes fin 2013, son leader de 42 ans a mis un terme à la rhétorique tournée contre le sud de l’Italie et l’a dirigée contre l’Europe et l’immigration. Il s’est ainsi rapproché du Front national de Marine Le Pen, en France, avec qui il s’est allié au Parlement européen. En décembre dernier, il a créé un mouvement pour combler son absence au sud de la plaine du Pô. Avec Noi con Salvini («Nous avec Salvini»), la distinction géographique du nom historique disparaît au profit du leader populiste.

Pour s’imposer face à Matteo Renzi, le député européen sait qu’il doit recueillir des voix dans toute la Péninsule. Dans le centre, il réalise dimanche d’excellents scores: 13% dans les Marches et près de 14% en Ombrie voisine, soit plus de trois et plus de cinq points devant le centre droit de Silvio Berlusconi.

La conquête du Sud s’avère beaucoup plus rude. Matteo Salvini le reconnaît lui-même: «Il y a un ou deux ans, il aurait été inimaginable d’avoir des candidats» en Sicile, dont les habitants ont participé dimanche aux élections communales partielles. Cinq jours avant ces scrutins, il est accueilli à Catane à coups de violents slogans l’associant au fascisme.

Dans les Pouilles, région du talon de la Botte dominée par le PD, la Ligue du Nord n’obtient que 2,3% des voix. La candidate de Forza Italia, Adriana Poli Bortone, avec qui il s’est allié, n’arrive qu’en quatrième position. Conscient des difficultés dans le sud italien, Matteo Salvini a préféré ne pas présenter de liste en Campanie afin de permettre au centre droit de mettre toutes les chances de son côté. Le candidat de Silvio Berlusconi, et gouverneur sortant, Stefano Caldoro, est finalement battu par le PD.

Le chef de la Lega, souvent accusé de xénophobie, devrait paradoxalement modérer son discours s’il veut réussir à convaincre l’électorat dispersé du centre droit, observent les politologues. Matteo Salvini doit de plus composer avec le Mouvement 5 étoiles de l’ancien humoriste Beppe Grillo. Son mouvement, autant populiste et anti-euro que la Ligue du Nord, s’est aussi imposé en opposition crédible à Matteo Renzi. Avec des scores oscillant entre 15 et 22%, il vole la place de parti d’opposition à la Lega en Ombrie et dans les Marches avec seulement quelques points d’avance.

Salvini devrait modérer son discours s’il veut réussir à convaincre l’électorat dispersé du centre droit