Marquées par un taux d’abstention élevé (36%), les élections régionales italiennes de dimanche et lundi avaient été transformées par Silvio Berlusconi lui-même en une sorte de référendum sur son gouvernement. «Il ne s’agit pas uniquement de voter pour des régionales, il s’agit de choisir son camp», a-t-il répété sur les différentes chaînes de télévision.

Hier, les premiers résultats indiquaient que l’opposition de gauche devrait conserver au moins sept des onze régions qu’elle détenait dont la Toscane, l’Ombrie et l’Emilie-Romagne. Dans les Pouilles, le président sortant Nichi Vendola, communiste, catholique et homosexuel, a été assez nettement reconduit face à son adversaire du Peuple de la liberté (PdL) Renato Palese. La droite garde quant à elle la Lombardie et la Vénétie et conquiert la Campanie et la Calabre. Dans ces deux régions méridionales, les équipes sortantes de centre gauche avaient été éclaboussées par divers scandales.

Ce n’est pas le «crépuscule»

En revanche, dans le Piémont et le Latium, deux régions également détenues par la gauche, l’issue du scrutin était encore hier soir très incertaine. Le Parti démocrate (PD) se félicitait néanmoins d’avoir remobilisé son électorat par rapport aux européennes de 2009 et surtout la débâcle des législatives de 2008. «Nous confirmons la remontée de notre coalition», a avancé la présidente du PD, Rosy Bindi, préférant ne pas s’attarder sur les quelques régions où l’électorat de gauche a préféré déserter les urnes ou voter pour le comique Beppe Grillo comme dans le Piémont où sa liste a obtenu plus de 3%. L’ancienne ministre de la Santé du gouvernement Prodi veut voir aussi dans ce vote «la crise de la majorité qui soutient le gouvernement et le président du Conseil».

A droite, au contraire, on se réjouit de la conquête d’au moins deux régions. «Nous ne sommes pas au crépuscule comme l’avaient annoncé certains», s’est réjouie la parlementaire (PdL) Micaela Bianconfiore. La droite semble toutefois avoir été pénalisée par l’abstention dans certaines régions, notamment dans le Latium. Alors que la région de Rome semblait acquise à la droite il y a encore deux mois, le cafouillage dans la présentation des listes du PdL semble avoir fortement handicapé la candidate Renata Polverini qui était hier soir encore au coude-à-coude avec l’ancienne commissaire européenne Emma Bonino. Dans la région, le taux de participation par rapport à 2005 est en chute de 12% contre 8% au niveau national, signe qu’une partie de l’électorat modéré voulait exprimer son mécontentement par rapport à la gestion de la majorité et du gouvernement de Silvio Berlusconi.

Au bout du compte, c’est la Ligue du Nord qui sort grand vainqueur du scrutin. Le parti autonomiste et xénophobe, allié du Cavaliere, emporte son premier conseil régional (en Vénétie) avec le ministre de l’Agriculture, Luca Zaia, qui obtient 60% des suffrages tandis que son candidat Roberto Cota disputait hier soir la victoire à la présidente sortante (PD) Mercedes Bresso. En Lombardie, la liste des candidats de la Ligue obtient 27% des voix et talonne celle du PdL. En Vénétie, elle atteint près de 35% soit plus d’un électeur sur trois mais surtout dépasse largement le parti de Silvio Berlusconi d’environ dix points.

«Le PdL tient bon mais la Ligue est déchaînée», a commenté Umberto Bossi, de manière diplomatique. Car il est clair que le résultat constitue un tournant de taille. Bien enracinée sur le territoire, la Ligue n’est plus seulement un parti protestataire et d’appoint. De Turin à Venise, avec même des percées notables dans les zones rouges du pays comme l’Emilie-Romagne où il avoisine les 14%, le mouvement autonomiste est devenu une force centrale capable de récupérer les déçus de Berlusconi et en partie l’électorat populaire orphelin de la gauche. «Elle est KO. Dans le nord, les ouvriers ne votent plus pour elle», a analysé Umberto Bossi.

Reste que le très bon résultat de son parti risque de provoquer des remous au sein de la majorité et de rompre certains équilibres internes délicats. «Entre le PdL et la Ligue, l’enchantement va prendre fin», pronostique Giuseppe Bortolussi, le candidat (PD) malheureux en Vénétie. Dans l’entourage d’Umberto Bossi, on jure cependant de sa fidélité à la coalition. Même si après le succès aux régionales, on n’exclut pas de demander un portefeuille ministériel supplémentaire.