Le Likoud, le parti du premier ministre sortant Ariel Sharon, a largement remporté les législatives de mardi en Israël, permettant au chef du gouvernement d'obtenir un nouveau mandat à la tête du pays, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes par les trois télévisions. Le Likoud (droite nationaliste) est crédité de 32 à 36 sièges, sur un total de 120 à la Knesset (parlement). Le Parti travailliste, qui avait 25 députés dans la chambre sortante, en a obtenu entre 17 et 19, son plus mauvais score depuis la création de l'Etat d'Israël en 1948. Le parti laïc Chinouï talonne les travaillistes avec entre 14 et 17 élus, soit un bond formidable par rapport à 1999, où il n'avait eu que six députés. La chaîne 10 (privée) donne même les travaillistes et le Chinouï à égalité avec 17 sièges.

«Trente-six sièges au lieu de 26 pour le Likoud (le parti d'Ariel Sharon, ndlr), 18 sièges au lieu de 25 pour l'Avoda (le Parti travailliste d'Amram Mitzna), et 18 sièges au lieu de 6 pour le Chinouï, la formation laïque de droite dirigée par l'ex-journaliste Tommy Lapid.» Annoncées quelques secondes à peine après la clôture du scrutin, les premières estimations des résultats des trois principaux partis israéliens n'ont pas étonné grand monde puisqu'elles étaient grosso modo conformes aux résultats des derniers sondages. En revanche, les commentateurs ont été surpris par le taux d'abstention plus important que d'habitude puisque celui-ci était évalué à environ 30% avant la clôture du scrutin, ce qui est inhabituel dans un pays aussi politisé que l'Etat hébreu. «Plus le taux de participation est bas et plus les petites listes sont favorisées au détriment de partis comme le nôtre, qui aurait pu remporter une victoire encore plus importante», constatait amèrement le Arik Bramy, le secrétaire général du Likoud.

Alors que les «Jeunesses du Likoud» fêtaient les résultats de leur parti en dansant sans grande conviction dans le palais des expositions de Tel-Aviv loué pour fêter cette victoire prévue de longue date, les barons de leur parti tels la ministre de l'Education, Limor Livnat, et celui des Communications, Ruby Rivlin, ont aussitôt appelé l'Avoda à ne pas rester dans l'opposition et à les rejoindre dans «une grande coalition d'union nationale prête à affronter les dangers qui menacent le pays». «Nous pourrions faire alliance avec d'autres formations, mais c'est eux que nous voulons parce qu'ils représentent une part importante de l'histoire d'Israël», a ajouté le ministre de la Justice, Meïr Chitrit. Mais les travaillistes, encore sous le coup d'une défaite qu'ils n'imaginaient pas aussi importante, ont répondu par la négative. Au grand dépit des militants nationalistes qui les ont sifflés en les traitant d'«irresponsables politiques» et de «dégonflés».

Protégées par 30 000 policiers et soldats, ces seizièmes élections législatives israéliennes se sont déroulées dans le plus grand calme. Certes, les journaux radiotélévisés ont longuement relaté les accrochages survenus dans les territoires (huit morts et douze blessés palestiniens) et l'échec de la conférence du Caire au cours de laquelle les factions palestiniennes étaient censées se mettre d'accord sur les modalités de l'arrêt des attentats suicide, mais ces informations n'ont pas perturbé le cours du scrutin. Elles ont, au contraire, renforcé une majorité d'Israéliens dans leur intention de voter pour le Likoud ou pour les petites formations d'extrême droite afin de «combattre le terrorisme jusqu'à sa racine».

La peur de l'avenir

A l'entrée des «shopping center» protégés par des vigiles armées et sur les terrasses bondées du front de mer de Tel-Aviv, la plupart des conversations traitaient d'ailleurs beaucoup plus de la peur de l'avenir que des élections proprement dites. «Comme beaucoup de mes amis j'ai beaucoup hésité entre les 26 partis représentés», raconte Rina Tourdjaman, une institutrice en congé. Et de poursuivre: «Ce qui rendait ces élections difficiles à mes yeux comme à celui de nombreux Israéliens, c'est qu'aucune des formations en présence ne nous a donné le moindre espoir de voir notre situation s'améliorer. Tout est noir et semble devoir le rester.»

A condition d'être âgé de plus de 18 ans, tout le monde vote en Israël. Y compris les malades hospitalisés et les 7500 détenus. A l'hôpital Hadassah de Jérusalem (le plus grand établissement de soins du Proche-Orient avec plus de 3000 lits), les cinq bureaux spécialement aménagés pour personnes alitées et pour les impotents ont enregistré un taux de participation proche des 100%. En revanche, les bureaux installés dans les hôpitaux de Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville où 4000 personnes sur 100 000 disposent du droit de vote) sont restés désespérément vides et le taux de participation dans les villages arabes de Galilée est resté très bas. En votant avec leurs pieds, les Arabes israéliens ont sans doute décidé de boycotter un scrutin dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Mais ils ont surtout voulu faire payer aux travaillistes leur participation de huit mois au cabinet d'union nationale formé par Ariel Sharon peu après son élection en février 2002.