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«La pêche, c’est notre richesse, nous travaillons avec les mêmes familles de marins depuis trois générations, raconte …
© ANTONIO BRONIC/REUTERS

Croatie

Sur l’île de Krk, un terminal offshore menace le tourisme

L’été venu, la région est une destination prisée des vacanciers occidentaux. Mais la construction prochaine d’un terminal offshore de gaz naturel liquéfié pourrait bien troubler les eaux de la baie du Kvarner

La saison n’a pas encore commencé sur l’île de Krk, dans le nord de l’Adriatique. Les silhouettes des pétroliers et des porte-conteneurs en route pour le port de Rijeka se découpent sur le fond du golfe du Kvarner, projetant leurs ombres immenses sur les embarcations des pêcheurs. Dražen Lesica regarde la mer de la fenêtre du restaurant familial, fondé en 1934 par ses arrière-grands-parents dans le village de Njivice. «La pêche, c’est notre richesse, nous travaillons avec les mêmes familles de marins depuis trois générations, raconte-t-il. Mais avec la construction du terminal de gaz, la baie va se transformer en une piscine d’eau chlorée.»

Le tourisme contribue également à la vie des habitants. Dans quelques semaines, les premiers contingents de retraités allemands devraient commencer à coloniser les hôtels et les campings. Au cœur de l’été, les vacanciers font passer la population de l’île de 19 000 à plus de 190 000 habitants. Mais cette manne financière pourrait se tarir si les projets du gouvernement croate se réalisent.

Depuis une décennie, les habitants de Krk entendent régulièrement dire que la diversification des sources énergétiques de l’Europe pourrait un jour passer par leur île, mais les rêves des industriels étaient jusqu’à présent restés dans des cartons. Après l’échec d’un consortium qui regroupait les géants de l’énergie E.ON, OMV et Total, la construction d’un terminal terrestre de regazéification par le groupe LNG-Hrvatska a été actée en 2015.

«Nous n’étions pas enchanté par ce projet, mais nous avions décidé de l’accepter car les conséquences écologiques semblaient limitées», explique Mirela Ahmetović, la maire de la commune d’Omišalj, dans le nord de Krk. «Nous avions accordé un permis de construire pour le terminal terrestre mais, sans nous prévenir, le gouvernement a décidé de construire un terminal flottant et d’utiliser une technologie polluante employant l’eau de mer pour la regazéification. Cette décision viole les lois de la République de Croatie sur l’urbanisme, l’environnement et la protection des biens maritimes.»

Soutien européen

D’une capacité d’environ 2,5 milliards de mètres cubes de gaz par an, le terminal, un navire de 300 mètres de long ancré au flanc de l’île, devrait coûter la bagatelle de 383 millions d’euros – l’Union européenne a promis en juillet 2017 d’y contribuer à hauteur de 101,4 millions.

Il fournirait en gaz une grande partie de l’Europe centrale, encore dépendante des approvisionnements russes. «Une commission de 16 membres a été mise en place pour évaluer les conséquences environnementales du projet, mais neuf d’entre eux ont été nommés par le gouvernement, et ils ont bien sûr conclu que le terminal ne présentait aucun danger», s’indigne Vjeran Piršić, de l’association écologiste Eko-Kvarner.

Pour faire face à l’opposition des insulaires, qui ont manifesté à Rijeka le 3 mars dernier, et passer outre l’opposition de la mairie d’Omišalj, le premier ministre Andrej Plenković envisage de faire voter une loi spéciale permettant de lancer le début des travaux. Le président des Etats-Unis Donald Trump s’est lui-même félicité du projet, qui pourrait offrir un débouché au gaz américain. «On nous accuse d’être des pro-russes», s’indigne Mirela Ahmetović, qui suppose que les arguments «géopolitiques» servent surtout à masquer des intérêts privés, alors qu’aucune étude sur la rentabilité de la plateforme offshore n’a été rendue publique.

«Une nouvelle catastrophe»

«Le golfe du Kvarner n’est relié au reste de l’Adriatique que par trois canaux, ses côtes sont peuplées de 200 000 habitants et elles abritent déjà d’importants centres industriels», souligne Milvana Arko-Pijevac, biologiste au Musée d’histoire naturel de Rijeka. «Les fonds marins du nord de la baie sont dévastés et l’utilisation de l’eau de mer pour la regazéification va entraîner une nouvelle catastrophe. Pour débarrasser l’eau des matières organiques, il est nécessaire d’y ajouter du chlore, à hauteur de 2 milligrammes par litre. Rejetées dans la mer, les eaux usées vont stériliser les fonds marins. Nos enfants ne trouveront bientôt plus rien de vivant sur la plateforme continentale.»

Le terminal offshore devrait se situer sur la rive occidentale de Krk, entre Omišalj et Njivice, à proximité du terminal pétrolier de Jadranski naftovod (JANAF) et de l’usine chimique Dina Petrokemija. «L’île a été industrialisée durant la période yougoslave, mais nous tirons désormais l’essentiel de nos revenus du tourisme», poursuit Mirela Ahmetović.

A quelques kilomètres du futur terminal, 80 villas sont en construction sur un pan de colline boisée. «Nous avons investi des millions d’euros pour améliorer notre capacité d’accueil, mais la pollution va rendre la mer impropre à la baignade», soupire Zvonimir Tudorović, copropriétaire du groupe Njivice Hotels. L’homme d’affaires assure que si le gouvernement ne fait pas marche arrière, les habitants de l’île devront se mobiliser. «Nous n’aurons plus qu’à bloquer le pont menant au continent.»

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